Les Chroniques Réinfocovid

Mauricette qui n’a qu’un prénom

Mauricette, ne m’en veux pas si je te tutoie, je dis tu à tous ceux que j’aime même si je ne les connais pas.

Mauricette, pourquoi as-tu été choisie ? Pour ton prénom ? Ton prénom fleure bon le verbe d’antan, la soupe qui mijote au coin du feu, la miche de pain dorée et le grand pot de confiture posés sur la table habillée de sa nappe fleurie, devant la fenêtre aux montants de bois, qui dessine un paysage en camaïeu de verts, mollement vallonné, une ou deux vaches paissant dans une éclaboussure de lumière. Mauricette, tu ne peux qu’être une femme de la campagne, qui a vécu une vie simple. Tu t’en allais gaiement chaque matin à coq chantant éparpiller des miettes de pain aux poules qui t‘accueillaient de leurs courses dandinées. Tu ne peux être ouvrière dans une usine, cela n’irait pas avec ton prénom, Mauricette, tu ne peux non plus être chirurgienne ou ingénieure, cela n’irait pas avec ton prénom, Mauricette.

Mauricette tu n’as pas de nom. Tu es le bon peuple, Mauricette, le bon peuple n’a pas de nom, le bon peuple n’est pas informaticien. Le bon peuple des braves vieilles gens n’est pas ouvrier des quartiers sensibles, le bon peuple des braves vieilles gens de chez nous est femme, bien sûr, visage un peu rond, les rides souriantes, les yeux un peu trop clairs, les cheveux de neige pure sagement pincés d’une barrette ou d’un serre-tête. « Elle est coquette, Mauricette » diront, bassement protecteurs, les acolytes de la mise en scène, épiloguant sur la couleur de tes vêtements. Les braves vieilles gens ne s’habillent pas de noir quand elles se rendent à une fête : elles, elles s’enveloppent de gai lorsque le temps est au sourire. « C’est fini, ma belle » c’est la piqueuse qui parle, qui te parle ou qui parle à la caméra ? Mauricette, tu ne sembles pas remarquer l’insulte sous l’hypocrite benoîterie, ni les rires obscènes. Parce que c’est devenu tellement quotidien que tu n’y prêtes plus garde ? Parce que ton regard si clair et un peu perdu, ce n’est pas seulement la cataracte mais aussi ce regard doux et un peu interrogateur parfois de ceux qui jamais ne voient le mal ?

Mauricette, j’aimerais tellement que ce soit vrai, que tu savais vraiment ce qu’on t’injectait, j’aimerais vraiment que ton choix soit libre et éclairé, j’aimerais tellement que ce ne soit pas « ah ? c’est un vaccin ? » que j’ai cru entendre. J’aimerais tellement qu’une fois vaccinée on te permette d’aller où bon te chante, de rencontrer qui tu désires, d’ôter cette chose qui masque ton sourire et ta voix, que les gens autour de toi dénudent leur visage et que tu cesses alors de leur faire répéter toutes leurs paroles. J’aimerais que les blouses blanches tiennent  les promesses qu’elles t’ont faites.

Après toi, Mauricette Qui-n’as-pas-de-nom, c’était un homme, parité oblige, une vraie blouse blanche sérieuse venue en civil, il avait un nom et un prénom, lui, on lui donnait du Monsieur et du Docteur.

Mauricette, permets-moi d’avoir l’audace de te baptiser, laisse-moi t’inventer un nom, et pardonne-moi s’il ne te plaît pas. Mauricette, veux-tu ? Il me plaît de vous nommer Madame Mauricette Defrance.

Veuillez recevoir, Madame Mauricette Defrance mes vœux les plus sincères. Que l’année qui vient vous soit douce et fertile, que tous les dieux des airs et de la terre soufflent sur vous les plus embaumées des brises, que les bras multiples de vos aimés vous enserrent et vous embrassent souvent.

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