Les Chroniques Réinfocovid

Stockholm 6 , février 2021. Rencontres (suite)

Le photographe

On m’a recommandé d’aller dans les hôtels ou dans des boutiques pour imprimer mes documents pour l’embarquement. Imprimer un document est une fonction désuète en Suède, il n’y aura pas de boutique destinée à l’impression. Mais chaque commerce le fera pour une personne qui en a besoin. Je vais chez un photographe qui imprime les photos pour ses clients. Il prend très volontiers ma clé USB et imprime gracieusement tout ce dont j’ai besoin : In Sweden, we welcome anyone who needs to print something, this is a welcome mark. Adorable. Nous parlons de la France et de la Suède. Lui, en veut à son pays de ne pas avoir confiné, lui qui m’accueille sans masque et dans sa boutique grande ouverte… il compte sur le vaccin et avec impatience. Je ne sais pas ce qu’ils attendent me dit-il, que ce soit la catastrophe pour qu’ils confinent enfin et ferment enfin tout ! Quelle catastrophe ? me dis-je interloquée, les 500 000 morts prédits par Fergusson en février 2020 si la Suède ne confinait pas ? Scénario invraisemblable, démenti par les modélisateurs suédois et démenti par les faits et par les chiffres. Et un an après, certains dans le désert, attendent toujours la fin du monde… à croire qu’ils la désirent.

 

Lisa et Ragnar

Mon nouveau quartier, Södermalm.

À chaque fois, je cherche au milieu de la nuit glaciale, des bars, des restaurants ou des pubs où on sent de l’animation. Stockholm paye cher également les restrictions (très provisoires contrairement à la pérennisation des mesures liberticides chez nous) imposées aux restaurants et aux lieux de vie qui doivent fermer à 20h30, et cesser de vendre de l’alcool à 20h. Mais au moins on peut se rassembler, et les restaurants sont ouverts. Mes pas me guident vers une enseigne Guinness qui fait office de phare dans la nuit et c’est rempli là-dedans. Chic ! Musique, chaleur, voix trépidantes, bonne ambiance !  Harvest Home, quel nom prédisposé à la douceur de l’accueil. On m’installe à une table bien placée, proche de moi une tablée de deux femmes, la soixantaine, très joyeuses, lunettes monumentales vissées sur le visage d’une d’elle, fort blonde et qui m’adresse des rires et des sourires. Je dessine le gaillard barbu concentré dans sa lecture en face de moi. Un serveur de mon âge, bien sympathique vient me voir régulièrement et me parle de ce client, Ragnar, (on prononce Rraguinarr ) vieil habitué, présent régulièrement, qui enchaîne les pintes de brune en lisant paisiblement dans ce brouhaha. Son prénom précise t-il est un vieux prénom suédois. Il me dit que cela lui fera plaisir et ne le choquera pas si je lui montre mon dessin. La blonde joyeuse vient me voir. Elle m’explique qu’elle détient la boutique de fripes juste à côté et m’attend (promis je viens demain) à partir de 13 heures. Elle s’appelle Lisa.

Je reviens le lendemain un peu avant 18h. Sa boutique est fermée depuis 17h !

 

 

Tant pis, je prends l’avion le lendemain, au moins j’irai boire un dernier verre au Harvest Home. Je retrouve Lisa, la même ambiance joyeuse et chaleureuse. Pas inspirée pour dessiner en revanche, mais je dévore des yeux tout ce qui bouge. Je bois à la santé de mes amis français privés de bonheurs simples. Je finis mon repas et me lève et tient à saluer Lisa avant de partir. Je lui dis que j’ai raté sa boutique ne sachant pas qu’elle fermait si tôt. Elle me propose de m’offrir une visite privée en nocturne. Caverne d’Ali Baba, très vintage, année soixante-soixante-dix. Vêtements, meubles, chaussures, accessoires… Tout est désirable ici. J’admire l’agencement exubérant et la décoration. Elle met un vinyle en route : « un disque de la France ». Et c’est parti, Gainsbourg et Birkin susurrant « Je t’aime moi non plus ». Une chanson très érotique lui dis-je, I know me répond-t-elle ravie. Aimes-tu les papillons me demande-t-elle ? Je veux te faire un cadeau, et tu reviendras me voir avec tes filles, maintenant tu as ma carte et tu peux me suivre sur Instagram. Elle me présente des broches de papillons, très ostentatoires. Je lui montre une paire de boucles d’oreilles mignonne et plus discrète que j’aurais bien achetée pour mon aînée. Elle me l’offre. Et au moment de se dire au revoir, elle me dit : « Je t’embrasserais bien, je sens que tu es quelqu’un de bien ». Mon naturel à étreindre et à embrasser toute personne merveilleuse se refrène craignant de lui faire peur dans le contexte actuel, mais je lui ouvre les bras. On s’enlace et se serre bien fort l’une contre l’autre, « à bientôt, je sais que tu reviendras ».

Oh que oui, magie de ces moments où chaque étreinte avec un ou une inconnue devient tout simplement un miracle de la vie.

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