Témoignage de :

ARRÊTONS LA CASSE !!!

13 janvier 2022

La crise du Covid 19 est venue
bouleverser votre quotidien ou celui d’un proche ?
 Racontez-vous, racontez-nous ces moments
avec vos propres mots…

Je veux témoigner ...

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Cassandre.

Mardi 7 décembre 2021. Je reviens d’une manifestation pour soutenir le médico-social. Les témoignages ont été clairs ; le MS est en danger de mort. Un agent CGT s’est exprimé sur « les suspendus » : les services ont, déjà, affaire à une grave pénurie de professionnels, la vaccination « obligatoire » a diminué encore leur nombre.

Une infirmière prend le micro pour dire sa perplexité devant la maltraitance organisée par les gouvernements successifs. Le manque de moyens et d’infirmiers est criant.

Hier après-midi, j’étais avec mon collectif à l’hôpital psychiatrique de Saint Avé[1]. Sans concertation aucune, les professionnels ont appris que plusieurs services allaient fermer[2], et le personnel « re-distribué » ailleurs. Comme des pions qu’on déplace sur l’échiquier !

Certains, au début, ont entendu ces « rumeurs » et ont cru à une blague …me confie dans un murmure un infirmier. Une blague cynique portée par un oiseau de mauvaise augure, mais par la suite cette « info » s’est révélée vraie.

 

Nous nous sommes déplacés, à plusieurs, pour les soutenir. Les soignants sont sidérés, et la marche de l’hôpital jusqu’à l’hôtel de ville ressemblait à une marche mortuaire. Des corps lourds, des pieds trainant sur la chaussée. La pluie battante !

Le compte-rendu fait par les syndicats, après la réunion avec la direction, laisse entendre que tout est déjà ficelé. ILS ont ouvert la réunion par l’éviction des représentants des « usagers »[3]. Pourtant, devant l’hôtel de ville, le témoignage d’Emmanuel dit combien l’hospitalisation et la rencontre avec des infirmières bienveillantes lui a sauvé la mise ; happé par l’engrenage d’une vie qui cumule les échecs, il s’est mis à boire et s’est retrouvé un temps à la rue. Aujourd’hui, il est fier de dire « je ne bois plus depuis 11 mois ! ».

 

Où les gens trouveront-ils refuge, en cas de nécessité, si tous nos services ferment ?

Comment ces patients (ces familles) pourront-ils faire s’ils ne peuvent plus être reçus par des soignants malmenés, étouffés dans leur éthique jusqu’à l’asphyxie, ou tout simplement virés ?

La direction a argumenté ces fermetures de services sous prétexte d’un manque de personnel.

Effectivement, si nous revenons un peu en arrière… des départs de soignants sont à déplorer : 15 médecins, 35 soignants. En conséquence, la direction a trouvé, là, l’opportunité pour supprimer 64 lits !!

Où vont se retrouver tous ces « patients » ? A la rue ?

Depuis plus de vingt ans, déjà, le manque de lits interdit les hospitalisations de longue durée.

 

Pourquoi toutes ces démissions de soignants ?

 

Le métier ne suscite-t-il plus de vocations ? C’est ce qu’on dit, apparemment… mais pourquoi ?

 

Depuis plus de deux décennies, l’hôpital accuse des coups de boutoir à cause de pressions managériales de plus en plus grandes, d’une accumulation de tâches bureaucratiques, de ce que l’anthropologue David Graeber appelait les bullshit jobs, les jobs à la con. La tarification à l’activité (T2A) a fini le travail de destruction de l’hôpital public.

 

Interrogé, lors de cette manifestation un collègue cadre infirmier m’explique : « la crise du COVID a été un révélateur et un accélérateur de l’effondrement du service public. Les soignants dans leur sens le plus large auraient pu penser que cela allait changer au niveau politique. Le Ségur n’a eu aucun effet. Pire, il a accentué les divisions et le clivage entre le médico-social et le sanitaire. Leurs logiques néolibérales (au sein du Gouvernement) portées par le new management public font la promotion de la marchandisation du soin et l’ubérisation des métiers du lien. Aujourd’hui sur l’EPSM nous rentrons dans un conflit social (fermeture de 64 lits et non 45 dont 30 lits sur le mois de décembre, avec redéploiement du personnel hospitalier). Pour la première fois une intersyndicale se met en place. Il y a une grève le 6 décembre à 13H30 devant les bureaux de la direction. Le nombre de grévistes où je travaille n’a jamais été aussi nombreux. Avec la ferme intention de venir sur site et de crier leur inquiétude du démantèlement du service public et de devenir des soignants interchangeables. Voilà nous y sommes dans ce qu’est un système d’une perversité extrême qui menace l’humanité. … en cela, il y a urgence de réintroduire des mouvements collectifs afin de ne pas rester seul et de ramener l’humain au premier plan de nos préoccupations ».

 

De retour chez moi, j’ouvre l’exemplaire du 1 que je viens d’acheter. Le n° 375 du journal L’hôpital en état d’urgence fait état de la colère des soignants, des raisons de leur appel à la manifestation, comme celle qui a eu lieu à Paris samedi dernier. Dans un article A bout de souffle, Julien Bisson nous explique « En creux, c’est la philosophie même du soin qui se trouve en question, tiraillée entre service public et rentabilité économique ».

Pourtant Macron ne s’était-il pas engagé lors de son discours de mars 2020 ?

 

Ce soir-là, devant des millions de téléspectateurs, il s’exprime ainsi : « Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, c’est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre Etat-providence ne sont pas des coûts ou des charges, mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie au fond, à d’autres est une folie (…) Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture en ce sens. Je les assumerai »[4].

Beaucoup y ont cru et aujourd’hui, le peuple crie de désespoir ; y en a marre de toutes ces politiques de néolibéraux qui mettent les restrictions budgétaires en priorité, et font passer l’humain à la trappe. Alors, arrêtons la casse !

Demain, après demain c’est nous qui aurons peut-être besoin d’un hôpital (ou nos proches). La santé c’est le fondement de notre démocratie.

 

Mais prendre position implique un courage politique qui manque cruellement, aujourd’hui, contrairement aux promesses électorales.

 

Alors, arrêtons la casse et prenons notre avenir en main !

Lors des prochaines élections, « il est urgent que les candidats se reconnectent à la réalité. Et ceux qui voudront instrumentaliser le sujet, nous ne les laisserons pas faire. L’hôpital public a un rôle structurant pour la nation, c’est pourquoi il faut absolument consolider notre système de santé, afin qu’il dure », nous livre une déléguée de la Fédération Hospitalière de France[5].

 

Sauvons nos vies quoi qu’il en coûte !!!...

[1] Appelé, aujourd’hui, EPSM (Etablissement Public en Santé Mentale).

[2] Dont celui d’addictologie et le service de gérontologie.

[3] Des patients.

[4] C’est moi qui souligne pour mettre en exergue cette philosophie.

[5] Zaynab Riet, déléguée générale de la Fédération hospitalière de France, « Nous voulons une réforme globale du système de santé », le 1, n°375, décembre 2021.

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