Témoignage

Tranche de vie d’un A.E.D

Un A.E.D, c’est un assistant d'éducation, un pion, quoi, dans mon cas, à une époque, on disait aussi "maître d'internat" :
Depuis cette crise COVID, donc depuis le déconfinement (merveilleux néologisme, n'est-ce pas ?) ce printemps, nous avons été transformés en A.E.D., alors ce sont les mêmes lettres, mais... ça donne : Agents d'Embrigadement Dictatorial.
Humainement, il n'y a plus grand chose de ce "métier" (qui n'en n'est pas un, statut précaire, CDDisable que 6 ans max). Notre fonction se résume à appliquer le protocole sanitaire, et beugler h24 sur des ados quant au port du masque, la distance, les contacts physiques.
Mais attention: le droit de fumer, c'est sacré ! Donc là, si on abandonne l'espoir de les tenir à distance, et bah tant pis ! Super la cohérence. On ne réfléchit plus, on a les neurones grillés... la fin d'année scolaire 2019-2020 a été dur pour ça. Cette rentrée aussi, bien que je commençais déjà à me refuser de me sentir comme "une gestapo du masque".
Je vous passe le mur auquel on se confronte lorsque l'on cherche de l'aide et des moyens auprès du Rectorat, pour retrouver une sérénité et le caractère humain de notre travail. Dans les couloirs, CPE au téléphone, on peut entendre des histoires de procédure d'exclusion d'un élève, pour non-respect du port du masque, et vous savez quoi ? Mon job, ce qui est attendu de moi, c'est de les dénoncer !
La tension est palpable, rien que sur les mois de septembre et octobre, on a eu autant "d'incidents" que sur l'intégralité de l'année précédente. Nos ados vont mal, à leur façon, mais ça les touche. Ça m'a touché aussi, je ne me reconnaissais plus : j'en suis devenu agressif, impatient, voire méchant et cassant avec les élèves. Alors même que j'apprécie cette fonction pour l'aspect social, l'écoute particulière qu'on peut leur apporter, le rapport humain avec eux; entre adulte référant et "complice" de leurs bêtises d'ado.
Aujourd'hui, j'ai planté mes 1ères graines. Faute d'avoir de quoi imprimer de jolis textes bien mis en forme, je bricole avec ce que je peux. Dans la rue, dans les transports en commun: j’ai déambulé décoré d'un post-it, rose, d’aucun pourrait penser à un autre symbole dans les 30's, sur lequel j'écris quelques petits messages inspirés. Lâchement et la mort dans l'âme, je me re-masque lorsque je croise ces gens qui, comme moi, ont cette triste tâche que de sanctionner leur semblable, pour une simple histoire de masque. Un truc sur lequel la communauté scientifique n'est pas unanime, mais notre gouvernement sait mieux ! Plutôt que de livrer à son peuple les données, et leur laisser leur libre arbitre, on impose, on terrorise et on verbalise.
Arrive l'approche de mon lieu de travail, "devoir de réserve, oblige"... je le colle sur un arrêt de bus, en plein sur l'écriteau qui rappelle le port du masque etc. Petite insubordination, maigre protestation. Incidemment, j'ai enjoint quelques-uns de mes lycéens, à suivre l'actualité postée sur les réseaux sociaux par nos députés de tout bord. Encourageons nos jeunes citoyens en herbe à s'intéresser à ce qu'il se passe dans leur gouvernement, voyons ! Ils sont assez grands pour se forger leur propre opinion à partir de ça.
Et puis, on rit, aussi, de nouveau. D'ailleurs, vous savez qu'il faut mettre le masque sous le menton désormais ? Après tout, vous ne voudriez pas avoir le COU-VIDE ! (ce n'est pas de moi, mais ça m'a fait rire, et on en a grand besoin en ce moment !)
Demain, je refais pareil, mais avec plus de post-it, donc plus de couleur, plus de messages,
et avec un GRAND SOURIRE, celui que l'on ne voit plus.

La crise du Covid 19 est venue
bouleverser votre quotidien ou celui d’un proche ?
 Racontez-vous, racontez-nous ces moments
avec vos propres mots…

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