Témoignage

Chronique d’un Noël avec une belle-mère au taquet

Mamie Chouquette est décidément une personne étonnante. A 97 ans, son intellect est très vif et affuté, son corps montre des signes de faiblesse qui n’entravent pas son autonomie. Mamie Chouquette vit seule dans une petite ville au bord de l’Atlantique, un pavillon dans lequel elle a vécu toute sa vie d’adulte et où elle nous accueille tous les trois pour ce Noël 2020.

En suçotant ses huitres, Mamie Chouquette raconte encore une fois son enfance, dans la rigueur du catholicisme propre à la Vendée profonde. Elle en garde un goût immodéré pour les chants liturgiques latins qu’elle connait encore par cœur et pour le travail ménager bien fait : « mon métier, c’est la couture, la couture, la couture et ma maison, et pis c’est tout ».

Au moment des langoustines, Mamie Chouquette nous réexplique comment elle a traversé la guerre à vélo : du ravitaillement qu’il fallait aller chercher ici pour l’amener là, avec en fond sonore les bombardements sur Saint-Nazaire qu’elle entendait au loin. Pourvu que ça ne se rapproche pas trop.

Avec le fromage, Mamie Chouquette rappelle qu’elle a accompagné avec beaucoup de patience les misères médicales d’un mari qu’elle chérissait plus que tout. Accident de voiture, AVC, aphasie, hémiplégie, rééducation, troubles cardiaques et respiratoires… 35 ans sans beaucoup de répit entre hospitalisations et soins à domicile, jusqu’à la fin inéluctable il y a 12 ans.

Au dessert, elle parle de 2020 : elle n’a pu sortir de chez elle que 3 fois cette année. Les confinements « le premier encore ça allait, mais le deuxième, oh lalalala »... Sa vie est ponctuée des visites des infirmières et de l’aide de ménage, tous masqués. La famille se fait rare, les restrictions complexifient les allers et venues. Cette année, la famille s’est agrandie avec l’arrivée d’une arrière-petite-fille et d’une arrière-arrière-petite fille. Elle n’a pas encore pu les voir.

« Si c’est ça la vie, je n’en veux pas, tous les soirs je prie pour ne pas me réveiller et rejoindre Bernard qui m’attend de l’autre côté »

On débarrasse la table, Mamie Chouquette se tient debout devant moi, je la prends dans mes bras, elle pose sa tête dans le creux de mon épaule, je lui caresse de dos.

Mamie Chouquette pleure.

 

AGM

 

 

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