Témoignage

Coco numéro 19 : un parfum de peurs

Ceci est une histoire de peurs.

D’abord, nous découvrons l’arrivée effroyable d’une pandémie « mortelle » dont on ne connaît rien. Les médias, dès le départ, remplissent nos écrans d’images et de vidéos d’hôpitaux submergés, de personnes alitées, d’autres en deuil. Le credo du matin n’est plus alors de connaître la météo, les dernières nouvelles ou de voir son horoscope, mais de savoir à combien de cas et de morts nous pouvons chiffrer la propagation du virus.

Peur, nous commençons tous à avoir peur.

Quel est donc cette horreur qui se propage dans le monde, qui menace notre famille, nos amis et notre propre santé ? Le premier confinement arrive comme une bulle temporaire à cette situation. Les gens ont peur de sortir de chez eux, de se mêler aux autres, désinfectent tous leurs aliments.

Pour certains, cette situation est intenable et angoissante : rester toute la journée enfermé, seul ou avec des enfants débordant de vie. Pour d’autres, c’est une parenthèse tranquille où le temps suspendu n’est que bénéfice. Les confinements suivants ont défilé avec leurs lots de privations et de fermetures : plus de culture, plus de sport, plus de restos, couvre-feu… des masques et des gestes barrière…

Nous nous éloignons les uns des autres, nous ne connaissons plus nos visages, nos expressions, il n’y a plus d’odeurs ni de toucher pour nous ressentir. Les enfants apprennent des chansons de lavage des mains, plus de place au monde cracra, tout est aseptisé, sans couleurs, ni vies (Covies-vides).

La peur s’est faite alors insidieuse. Elle a pris une autre direction : côtoyer la maladie et ses risques est devenu une seconde peau. La vie s’est alors asphyxiée dans les masques que nous portons, les mesures et la règlementation à suivre (quel papier avoir sur soi pour se déplacer, quelle distance, combien de personnes à Noël…). Peur qui tourne. Peur de ne plus pouvoir voir sa famille, ses amis, de ne plus fêter d’anniversaire d’enfant, peur de ne plus avoir les menus plaisirs de la vie, s’oxygéner ailleurs car c’est trop loin. Ne plus mettre les pieds dans le sable, rester seul chez soi, vieux ou étudiant, face à sa solitude, sa folie. Peur qui tourne en boucle, angoisses, désespoirs, pour ceux qui deviennent pauvres, ceux qui le sont encore plus, ceux qui ont perdu leur emploi, tous ceux qui sont dans les dommages collatéraux de cette situation. Peur de ceux qui ont une santé fragile et qui souhaitent se sentir protégés…

Peur. Peur de mourir, peur de contaminer, peur de séquelles, peur de souffrir… Peur de variants toujours nouveaux, toujours plus contagieux : anglais, brésilien… Ils finissent par se personnifier : Delta, Omicron, tels des ogres dévoreurs d’humains. La roue de la peur tourne et tourne jusqu’au vaccin. Injection dont le but est de nous protéger de la maladie mais dont on n’a pour l’instant que peu de recul.

Nous sommes autant ignorants du virus que de ce que contiennent les seringues. Tout devient une relation de confiance… ou pas. Les peurs partent alors en grand écart… là où nous étions unis face à ce fléau, nous voilà maintenant divisés. D’un côté, il y a la catégorie des peurs de la maladie avec la volonté de se faire vacciner pour l’enrayer. De l’autre, celle de la peur du vaccin, de ses effets secondaires, et conséquences sur le long terme.

Au milieu de ces instincts, peurs contradictoires, la roue tourne d’un cran pour toucher au point névralgique de l’être humain : la notion de liberté. Déjà entachée durant les périodes de confinement, que devient-elle avec un pass sanitaire et bientôt avec un pass vaccinal ? Qu’est-ce que la liberté, au fond ? La capacité de choisir, de prendre une décision. Nous étions tous sur le même bateau mais maintenant il nous faut choisir… D’un côté, le paquebot blanc immaculé avec piscine, restos et spectacles… De l’autre, la vieille barque de pêcheur…

La peur prend un nouveau visage : et si je faisais le mauvais choix ? Qui me dit que ce paquebot toute option, construit si vite, ne sombrera pas comme le Titanic ? Après tout, depuis le début de cette pandémie, on nous en a versé des salades… Certains ont peur des non vaccinés (ils peuvent transmettre la maladie) ou peur pour eux (ils sont plus en danger). On peut s’inquiéter pour eux, les détester, les juger en pensant qu’en effet, ils méritent d’être écartés de tout, ou bien être indifférent. D’autres, méfiants, ne voulant pas faire le vaccin, ont fini par capituler.

Pas le choix. Trop de pression, à cause du travail, de la famille, des médias, de ceux qui font la morale… Pour ceux qui résistent, en âme et conscience, peur aussi… des libertés restreintes en peau de chagrin, de ne pas se sentir compris. Peur de finir par craquer, de se désavouer pour basculer dans le groupe des plus nombreux, des plus forts.

Le doute les effleure… et s’ils n’étaient pas en train de se tirer une balle dans le pied ? Car il en faut, des sacrifices, pour rester sur ses positions… Nous ne pouvons plus « être » et « avoir ». Il nous faut choisir entre avoir un travail, avoir des loisirs, avoir accès à la culture ; ou être, juste être soi, une personne pensante, libre et responsable de ses choix. « Être ou ne pas être, telle est la question », selon la tragédie shakespearienne.

La boucle de la peur tourne et tourne, elle emporte dans son sillage les enfants, les femmes (enceintes), les hommes, les adolescents, les personnes âgées… C’est un cyclone alimenté par nos propos, nos médias, un gouvernement qui ne donne pas d’obligation vaccinale mais les cartes de rationnement aux moutons dociles. Dans toute cette histoire de peurs, nous avons tous notre propre vécu, notre propre personnalité et façon de penser, nos propres intuitions, justes ou erronées.

Tout ceci est inédit. Nous n’avons pas à nous juger les uns les autres. Personne n’a raison. Personne n’a tort. Chacun pense faire de son mieux. Chacun fait ses choix. Seules les années nous enseigneront la vérité. L’avenir nous dira peut-être que la modernité de notre monde a su faire face à cette crise. Ou peut-être que les « complotistes », les mauvaises gens, les « illuminés » auront été clairvoyants.

Ou peut-être encore quelque chose au milieu, avec un curseur plus ou moins mitigé. Après tout, cette histoire n’est pas finie. Dans cette effroyable tempête, tenons-nous la main un instant, osons entrer dans l’œil du cyclone, là où tout est calme et se fige, là où tout tourbillonne autour de nous. Levons tous la tête vers le petit puits de lumière là-haut, celui de la bienveillance, de l’amour et du respect, mais aussi de l’espoir au retour de la confiance, quelle qu’elle soit, pour un monde apaisé…

Mylène

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