Témoignage

Décidemment

Je suis Française et Suisse, j’ai 46 ans. Cela fait maintenant 14 ans que je vis en Suisse avec mon mari et mon fils.

En 2017, je déménage à Arles pour reprendre des études d’eurythmie (qui ne se font qu’à temps plein et sur 4 ans) en 2e année (art du mouvement) avec mon fils de 7 ans qui ira à l’école là-bas. Mon mari restant en Suisse pour le travail et me soutenant pour ce projet que nous avons construit ensemble et qui me tient à cœur. Pour diverses raisons, à peine suis-je arrivée, cette école ferme ses portes brutalement et je me retrouve à devoir faire demi-tour : retour en Suisse. Le temps de m’organiser et redéménagement deux mois après mon arrivée vers la Suisse, chez nous. Grand bouleversement difficile. Tout un élan de projet qui s’arrête. D’autres écoles existent : Suisse allemande, Allemagne, Angleterre... mais je dois d’abord viser à retomber sur mes pattes, stabiliser l’équilibre de la famille et chercher un travail avant de pouvoir repartir sur un nouveau projet d’études ailleurs. Ce n’est pas facile mais nous y arrivons peu à peu.

Puis je reprends mes investigations pour mon projet d’études d’eurythmie.

Printemps 2020. J’ai enfin un emploi fixe ou je suis vraiment bien, dans une structure parascolaire avec des enfants. J’ai un projet d’aller à Rome un week-end pour rencontrer les formateurs d’une école d’eurythmie mais le virus est là, je ne sais pas si je pourrais partir, c’est l’Italie du Nord qui est fortement touchée. Au final, à Rome non plus je ne pourrai aller.

Automne 2020. Là aussi un projet de rencontrer une école d’eurythmie à Berlin. Je me réjouis de découvrir cette ville. Il faut un test PCR. Je ne veux pas le faire, je ne suis pas malade. Mais je réfléchis. Je veux y aller !! Puis finalement, cette ville ne m’est plus accessible, les vols sont annulés et mon voyage aussi. Triste mais pas découragée je poursuis mon chemin.

Février 2021. La France impose un test PCR aux frontières pour un séjour de plus de 24 heures et au-delà de 40 km. J’ai prévu ma semaine de vacances en France en Allier pour pratiquer l’eurythmie et revoir des amis. Je ne veux pas du test PCR. Je cherche comment contourner cette mesure absurde : je ne suis pas malade ! Les tests salivaires moins invasifs ? Pas valables. Aller voir mes parents âgés à Grenoble si d’un coup ils meurent ? Peut-être possible. Mentir en disant que je vais voir ma grand-mère à moins de 40 km ? Désagréable. L’amende est de 135 euros, une pharmacienne m’a dit que le test en Suisse est payant si pas malade, environ 170 Fs. L’amende serait moins chère que le test alors ! Sauf si encore je mens et me trouve des symptômes que je n’ai pas pour faire le test gratuit... Non je ne suis pas un corps uniquement. Ni une marchandise. Ni du bétail. Je ne suis pas une femme potentiellement dangereuse. Pourquoi suis-je donc interdite de visite dans mon pays selon les endroits où je veux aller ? Je suis écœurée. Je me décide à annuler ce projet et à en construire un autre en Suisse à la place. C’est épuisant mais c’est comme cela. Il faut tant d’énergie pour chercher une solution... Depuis le début de cette crise je réfléchis. J’ai aussi eu mes peurs. Je suis surtout fortement contrariée et en colère de voir nos pays étouffer en particulier le monde artistique. Choquée de voir des enfants masqués. Fort surprise d’entendre un rythmicien, ici en Suisse, qui enseigne la musique par le mouvement à des enfants, être interdit de chanter (c’est une part de son métier !) et devoir s’enregistrer pour faire entendre via appareil audio, les chansons aux enfants... Par chance, en Suisse, les enfants donc mon fils de 10 ans ne portent pas le masque. Mais presque toutes ces fêtes qui font la spécificité de l’école privée où il va, sont annulées. Cela manque la vie sociale que nous avions « avant ». Même la réunion de classe, nous voilà à la faire sur Zoom.

Dans ma structure parascolaire, je vois des enfants qui font des quarantaines avec leurs parents, une galère. Un jour j’ai dû lutter intérieurement. Nos réunions, nous les faisions à distance. À ce moment-là pas besoin de masques. Puis obligation des masques cet automne 2021. Je vois mes collègues masqués. Je doute. Je dois donc le mettre ? Suivre le mouvement ? Puis je m’arrête un instant. Ben la semaine dernière cela allait sans masques. Qu’est-ce qui a changé en une semaine ? Rien, je vois pas. Alors je dois prendre mon courage intérieur parce que oui j’ai peur d’être jugée. Et je ne le mets pas, sauf accroché sous mon cou. Comme dit mon fils : « sais-tu pourquoi on le met sur le cou le masque ? » « Parce que cou-vid ». Alors oui j’en ai marre de toute cette mascarade, elle est tout aussi pénible en Suisse mais peut-être moins visible et semble « un peu » moins dramatique qu’en France.

Soyons créatifs et continuons de penser les phénomènes et de choisir notre humanité en se posant droits et dignes face à la richesse du vivant.

Bravo et merci à Réinfocovid pour mettre de l’intelligence, du bon sens et de l’humanité en avant face à cette crise. Merci pour vos témoignages, vous tous, tous intéressants parce que parole d’humanité.

Magali

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