Témoignage

Être enseignant en 2020 : octobre – novembre

OCTOBRE 2020

Enseignant dans un collège d’environ 1000 élèves, je ne demandais pas à mes élèves de 6e et de 4e de remonter leur masque lorsque certains le mettaient sous le nez ou sur le menton. Je les invitais à faire preuve d’esprit critique à l’égard de ce que l’on entendait au sujet du Covid comme sur tout autre sujet. Moi-même, je mettais, en cours, une visière (aucune visière n’est conforme au protocole sanitaire) et non un masque, que je portais tout de même hors des salles de classe (couloirs, salle des professeurs...).

J’ai été convoqué par ma direction pour m’expliquer. J’ai dû promettre de ne plus utiliser de visière, de porter un masque au-dessus du nez et de demander à mes élèves d’en faire autant, sous peine de sanction, ce dernier point étant sous-entendu. Concernant l’esprit critique, ma direction m’a dit explicitement, peu avant les vacances de la Toussaint, de ne plus l’enseigner au sujet du Covid. J’ai demandé si j’avais bien compris et très explicitement si ma direction me demandait de ne plus enseigner l’esprit critique concernant tout ce qui a trait au Covid. Ma direction m’a répondu tout aussi explicitement : « Oui, je vous demande de ne plus enseigner l’esprit critique concernant le Covid 19 ».

 

NOVEMBRE 2020

Au dernier conseil d’administration, j’ai partagé devant tout le CA (environ 25 personnes) la difficulté qui était la mienne de voir des élèves souffrir à cause du masque (maux de tête, vertiges, difficultés respiratoires, etc.) et l’impossibilité dans laquelle je me trouvais de devoir punir un élève souffrant qui avait du mal à respecter la consigne (protocole « sanitaire ») au sujet du port du masque. Sur les 25 personnes présentes, dont six parents d’élèves, à part le principal, seule une mère d’élève a pris la parole pour affirmer… qu’il fallait porter le masque quoi qu’il puisse en coûter, car il fallait penser aux autres, malgré les « inconvénients » que cela posait ! Le principal, lui, nous a appris que des directives ministérielles ou académiques autorisaient aujourd’hui un médecin de ville à rédiger une ordonnance demandant une adaptation du port du masque pour tel ou tel enfant, mais que cette ordonnance devait être validée par le médecin scolaire.

Après le CA, un autre parent est venu me trouver pour me dire, en « off », que son fils lycéen avait mal à la tête tous les jours, mais il n’en a rien dit devant le CA.

L’une de mes collègues a puni un élève ayant des maux de tête tous les jours parce qu’il portait son masque sous le nez. Lorsque je lui ai appris que cet élève avait des maux de tête quotidiens, elle a répondu : « Moi aussi j’ai mal à la tête ». Aucune compassion, bien au contraire, elle aussi jugeant que nous devions tous faire des efforts pour faire refluer le virus.

Dans mon établissement de 65 professeurs, seuls deux sont mobilisés contre les délires sanitaires. À ma connaissance, seuls un ou deux autres sont hostiles pour des raisons sans doute plus personnelles ; tous les autres sont à fond en faveur du protocole sanitaire, en demandant même davantage, à l’image des syndicats. Un certain nombre de collègues ne me disaient plus bonjour ou m’ignoraient, d’autres avaient cessé de saluer (ou du bout des lèvres) l’unique autre collègue qui était critique à l’égard de la politique sanitaire ; certains se moquaient, aucun soutien n’est à attendre de l’écrasante majorité des collègues, des parents et même des élèves. Sur près de 2000 parents d’élèves, à ma connaissance, seuls trois sont membres du collectif auquel j’appartiens et, toujours à ma connaissance, à peu près autant (soit trois parents du collège où j’enseigne) étaient présents à la manifestation organisée il y a quelques jours contre le port du masque à partir de 6 ans. Seuls deux professeurs de ce même collège (moi compris) étaient présents à cette manifestation.

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