Témoignage

Heureux évènement

Encore au mois de décembre, ma dulcinée dévorait l'ensemble des ouvrages de la bibliothèque municipale pour s'instruire le plus possible et devenir la meilleure mère possible.

Radieuse, comblée, exigeante ... bref une femme enceinte comme une autre.

Est arrivé le virus, le confinement et l'isolement. Malgré la fin de grossesse, le faible suivi médical, mes nombreuses heures à l'hôpital, elle tenait néanmoins encore bon.

Est arrivé l'accouchement. Arrivée en chambre pendant la période caniculaire de mai, plateau repas sans périphérique la laissant avoir faim tout le temps, seule pendant 4 jours du fait de l'interdiction pour moi de rester. A ce moment là, je pensais qu'elle tenait bon.

Puis est venue la lente descente aux enfers, insidieuse. Poussée par une volonté de faire à la perfection, elle s'est épuisée à allaiter notre fils et à privilégier les couches lavables. N'ayant aucun contact médical direct (super les visios de généraliste/sage-femme/chirurgien !), j'ai dû faire le constat tardif d'une mère épuisée, déprimée et d'un enfant sous alimenté. A ce stade, elle n'avait bien évidemment pas été dépistée comme en dépression.

Nos mère respectives, depuis le début, ne sont que très peu présentes. Ma belle mère est la plus vaillante, bien que stressée du risque de contravention à chaque déplacement. Ma mère aura passé les premiers mois de contact avec son petit fils affublée d'une blouse blanche neuve, d'un masque permanent et des effluves de savon désinfectant.

Mon meilleur souvenir de cette période, c'est pitoyable, fût la consultation à la PMI où nous avons débarqué épuisés, sans rendez-vous, et où l’infirmière nous a simplement accueilli d'un chaleureux sourire masqué et de cette question : "comment ça va ?".
Ce simple contact humain chaleureux et non artificiel à suffit pour que ma chérie ouvre les vannes sur les mois de renoncement, isolement, frustration qu'elle avait accumulés.

Depuis, j'ai dû faire appel au service périnatal pour une prise en charge globale mère et enfant et, je dois l'avouer, pour moi aussi.
Nous (tous les trois) commençons seulement à sortir de 6 mois de dépression et de conflits.

Mes heures passées à l'hôpital, avec un masque sur le visage 16 à 24h par jour, à rassurer et orienter des patients déboussolés et stressés me pèsent de plus en plus.

Ma femme est depuis soulagée de ne plus mettre notre fils à la crèche : nous n'avons plus les moyens de nous payer celle-ci malgré mes nombreuses gardes et notre fils n'est pas suffisamment stimulés par le personnel systématiquement masqué et distant.

Le sourire et les fous-rires de notre fils sont d'une joie sans limites dans cet avenir qui se distant néanmoins de plus en plus. J'ai peur désormais de ne pas être à la hauteur des challenges qui nous attendent dans l'avenir.

Ce virus ne devrait être que le cadet de nos soucis. L'absence de lien social et familial est sclérosante pour nous parents et pour cette petite boule d'amour. Notre planète se meure par la faute de ce système global et financier qui nous braque et nous enferme chez nous à bouffer de la série décérébrée. Pourvu que notre fils ait la chance d'être équilibré et épanoui ET qu'il ait la chance de vivre sur une planète où la vie soit encore possible.

Pitié ! Une bouffée d'air frais et pur ! Célébrons la vie ! Puisse le printemps prochain voir éclore une nouvelle citoyenneté !

 

J.

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