Témoignage

J’ai le sentiment de m’être fait avoir

J’ai 48 ans et je suis à jour de tous mes vaccins obligatoires.

Je suis directeur d’une association de protection de l’enfance.

Je ne suis en rien complotiste, mais je m’interroge sur la stratégie de communication de notre gouvernement depuis le discours présidentiel de juillet et ses conséquences.
Lors d’une allocution télévisée le 12 juillet, alors qu’une grande partie des français sont en vacances, le président Macron
annonce l’obligation vaccinale pour les soignants et la mise en place d’un passe sanitaire pour bon nombre d'établissements recevant du public.
Un vent de panique s’empare de nos concitoyens qui se précipitent sur les créneaux disponibles de vaccination. Une parole présidentielle ne faisant pas loi, je prône l’apaisement auprès des salariés de mon association, dans l’attente des débats parlementaires et de la publication de la loi. Je pars donc en congé le 16 juillet, ayant conscience qu’à mon retour, une tâche importante m’attendra.

Durant mes vacances, je suis l’actualité avec distance, entendant une chose et contraire, tant sur le périmètre de l’obligation vaccinale que sur la date d’application du pass sanitaire.

Déjà je m’interroge sur le plan éthique. A titre personnel, je n’ai rien contre les vaccins, mais j’ai l’amer sentiment que,
depuis le covid, la prudence sanitaire, le respect des protocoles de contrôle, bref, tout ce qui nous était mis en avant jusqu’alors pour nous donner confiance en la science, a volé en éclat. Le sacro-saint secret médical n’existe plus. Les familles se déchirent. On oppose les français entre eux, alors que jusqu’à présent, aucune obligation vaccinale n’était prononcée pour qui que ce soit. On
attise même les braises depuis les hautes sphères de l’État par des petites phrases acerbes.
La loi est finalement publiée le 5 août. Je suis toujours en congé.
Je comprends que mon association ne sera pas dans l’obligation vaccinale, car les établissements concernés sont nommément cités.

Pour le pass sanitaire, il est mentionné que les services et établissements médico-sociaux devront l’appliquer.
Me voilà donc affublé d’une nouvelle casquette, celle de force de l’ordre. L’État m’impose donc de suspendre un contrat de travail si le salarié ne me présente pas un QR code valide.

Un décret est publié dans la foulée et le Conseil d’État se prononce. Tout l’arsenal législatif a été mobilisé, dans le respect des règles démocratiques finalement, donc la loi s’impose et je dois donc la respecter.
J’ai déjà eu l’occasion de le dire ici, depuis le début de cette histoire de covid, je ne me suis jamais fait tester, n’ayant jamais
ressenti la nécessité de le faire. Je ne peux pas envisager de me faire tester tous les trois jours juste pour travailler. J’ai aussi eu
l’occasion de le dire ici, j’aurais préféré une obligation vaccinale pour tous. Si cette pandémie mondiale est une question de
santé publique, alors tout le monde est concerné. Et accessoirement, on lève les brevets afin que la population mondiale ait accès aux vaccins. Il y a une part de cynisme ou d’hypocrisie, je laisse chacun choisir la meilleure formule, à prôner la vaccination de son peuple tout en sachant pertinemment qu'un continent tout entier n'a toujours pas accès à la vaccination de masse, même sur des vaccins comme la polio. Est-ce cela la mondialisation ? Et puis, quid de la responsabilité sans obligation ?
Je reprends le travail le 9 août. Je passe la matinée à lire le texte de loi et le décret qui l’accompagne. Je prends connaissance de
l’analyse de mon syndicat employeur qui estime nécessaire d’informer les salariés dès à présent de la mise en place du passe
sanitaire au 30 août. Le 9 août à midi, je fais partir une note de service à l’ensemble des salariés, leur demandant de se mettre en
conformité avec les obligations du pass sanitaire à la fin du mois.
Je planche sur un registre en tentant de concilier obligation légale et respect du secret médical. Et surtout, je veux éviter à tout prix le clivage entre salariés. Les inquiétudes ou les certitudes de chacun doivent être respectées.
Et moi dans tout ça ?

En fin de journée, je retire ma casquette d’employeur. Que vais-je faire ? Je suis confronté à un dilemme. Parce que, arrêtons de nous mentir, l’instauration du pass sanitaire est une obligation déguisée à la vaccination. Vaccination sous contrainte. Qui
accepterait d’être contraint à se présenter tous les trois jours dans une pharmacie pour se faire tester, juste pour travailler ? Qui va accepter de payer tous les trois jours pour pouvoir juste travailler dès lors que les tests Covid ne seront plus remboursés ?
Mon amer sentiment se transforme en dégoût des politiques qui nous gouvernent.

Mardi 10 août à 5H30, je décide de faire un test sérologique rapide (TROD) dans la journée. Quitte à se faire vacciner, autant que je n’ai que la dose nécessaire. N’étant pas le champion des gestes barrières et du port du masque, je me dis que j’ai bien dû l’attraper cette maladie. Et puis, j’en croise du monde dans mon métier, notamment des salariés (très peu) qui ont été infectés. Et
pourtant, le test est négatif. Je dois donc avoir deux doses pour être en règle avec la loi.

Je prends rendez-vous le 11 août pour ma première dose. je suis un vacciné sous contrainte. Le même jour, je prends connaissance d’une directive de la DGCS concernant la mise en œuvre de l’obligation vaccinale et du pass sanitaire dans les établissements de santé, sociaux et médico-sociaux. Il y est clairement écrit page 4 que les personnels soumis à l’obligation vaccinale bénéficient d’une couverture assurantielle des éventuels préjudices directement imputables à une obligation vaccinale. Rien pour les personnels soumis au pass sanitaire. C’est ce que je craignais : si demain il se passe quoi que ce soit, je n’aurai que mes yeux pour pleurer.

Et puis il y a cette annexe 7 pages 25. 7 petites lignes qui listent les établissements et services concernés par le pass sanitaire. “Les
établissements et services médico-sociaux, hormis ceux accueillant des mineurs, les résidences autonomie et les établissements organisés en diffus et ne présentant pas d’accueil physique.” J’ai un doute en lisant cette phrase, j’ai un doute ou bien je ne veux pas y croire. Ce n’est que le soir en consultant un réseau social professionnel avant d’aller me coucher que je vois une publication de mon syndicat employeur faisant référence à la directive de la DGCS, à cette annexe 7 et qui écrit noir sur blanc que la protection de l’enfance n’est pas concernée par le pass sanitaire.

Je suis atterré, j’ai le sentiment de m’être fait avoir. Non, ça n’est pas un sentiment à ce moment-là, c’est une certitude, la
certitude que cette communication gouvernementale en plusieurs temps est volontaire afin de pousser un maximum de français à la vaccination.

Mon dégoût des politiques se transforme en colère. J’ai honte, honte de ces méthodes, honte de m’être fait avoir. Tout ça parce
que je voulais juste travailler, tout ça, parce que j’ai une famille à nourrir ; parce les restos, les cinés et autres, pas question que
j’y mette les pieds tant que je devrais montrer patte blanche.

Vacciné sous contrainte pour rien Le 12 août, je contacte par téléphone le syndicat employeur qui me confirme bien l’information : pas de passe sanitaire en protection de l’enfance. Je contacte des collègues directeurs qui me confirment qu’ils ne l’appliqueront pas au sein de leur association.

Et après, on s’étonne que certains doutent ?

A ce jour, j’ai acquis une certitude. Non, il n’y a pas de complot, il y a juste de l’amateurisme. Ils ne savent juste pas ce qu’ils
font et n’ont aucune conscience de ce qu’ils provoquent.

Ma colère s’est transformée en dépit

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