Témoignage

Le mantra « Prenez du Doliprane et restez chez vous en attendant que ça passe »

Mon beau-père, septuagénaire, qui réside en Bretagne, a contracté la Covid fin décembre. Il a rapidement eu une fièvre très élevée, supérieure à 39°C, alors qu'il ne se sentait pas trop mal le premier jour. Je précise qu'il n'a pris du zinc et des vitamines C et D3 que les deux premiers jours. Après, il a arrêté, trop épuisé pour y penser. Et puis, les compléments alimentaires, ce n'est pas son truc donc pas question de le forcer.

Dès que j'ai su qu'il était malade, j'ai fait livrer à mes beaux-parents en express un oxymètre de pouls mais il a mis plusieurs jours à leur parvenir. Plusieurs fois par jour, depuis l'autre bout de la France, je prenais des nouvelles de mon beau-père par téléphone. La fièvre ne passait pas, j'ai alors appris qu'il mangeait de moins en moins, parfois ne buvait plus et souffrait de violents frissons, tout cela après 6-7 jours, avec une douleur dans la poitrine. Très inquiète, craignant un début d'orage cytokinique, j'ai demandé à ma belle-mère, qui ne savait pas trop évaluer les signes de gravité, d'appeler leur médecin traitant, afin qu'il soit ausculté, afin d'établir si son état nécessitait un transfert à l'hôpital. La remplaçante de leur médecin n'a pas jugé utile de venir, alors même que l'oxymètre n'était pas arrivé et qu'aucune donnée cardio-pulmonaire ou relative à sa saturation n'était disponible. Simple entretien téléphonique... « Prenez du Doliprane, ça va passer ».

Deux jours plus tard, J8 ou J9, la fièvre n'était toujours pas tombée, malgré le Doliprane. La douleur dans la poitrine n'était plus présente, quant à elle. Son état général ne s'améliorait pas d'un pouce par contre. J'ai demandé à ma belle-mère d'appeler le 15... Même rengaine : « Prenez du Doliprane, ça va passer. » Heureusement, l'oxymètre était arrivé et la saturation, sans être folichonne, n'était pas inquiétante, juste à la limite inférieure de la normalité. Elle avait donc pu leur transmettre sa saturation et sa fréquence cardiaque.

J10-11 : toujours entre 39°C et 39,5°C ! Ma belle-mère rappelle le cabinet du médecin traitant. Pas de visite à domicile. Même rengaine : « Prenez bien votre Doliprane, la fièvre va finir par retomber ».

J11-12 : la fièvre a commencé à retomber, oui. Et heureusement ! A se demander si à force d'entendre le fameux mantra, la fièvre s'est exécutée, elle est retombée... Ah, le pouvoir des mots ! Trêve de plaisanterie, je ris jaune, mon beau-père a heureusement eu de la chance. Il a eu chaud, au sens propre comme au sens figuré. Et moi, je sentais une certaine colère monter en moi. S'il avait vraiment fait un orage cytokinique incontrôlé, ce n'est pas après avoir décompensé au niveau pulmonaire qu'il aurait fallu agir ! C'est bien avant ! Un médecin que nous connaissons dans notre région a confié que, lui, il aurait rendu visite à un tel patient. Autre région, autre protocole ? On ne peut pas dire que la Bretagne soit la région la plus saturée du point de vue du Covid et qu'ils essayent de désengorger les réas ! Au contraire !

Alors, je ne jette pas la pierre aux médecins qui n'ont pas visité mon beau-père. Peut-être appliquent-ils juste les protocoles ? Peut-être ont-ils peur de sortir des sentiers battus et balisés par leurs autorités de tutelle ? Je dénonce la situation, pas les individus. Mais cette faille systémique d'absence de prise en charge en première ligne me révolte. Combien de cas s'aggravent-ils en silence ? Combien de ces personnes non prises en charge se retrouvent-elles hospitalisées voire en réa, parce que l'orage cytokinique n'a pas été détecté à temps ? Combien d'hypoxies heureuses détectées trop tard ? Combien de diabétiques décompensent-ils en silence en acidocétose, alors qu'ils peuvent vérifier leur saturation, leur fréquence cardiaque, leur pression artérielle et bien sûr leur glycémie ainsi que leur cétonémie, à domicile pendant la maladie, en lien avec leur médecin, même s'ils n'avaient pas à se tester quotidiennement avant le Covid ?

Comme les malades du Covid souffrent souvent d'épuisement, lorsque des personnes n'ont même plus la force de se déplacer pour aller consulter leur médecin ou se faire tester, ou pour passer des heures à écouter les petites musiques des standards des cabinets médicaux parce qu'elles dorment 15 à 16h par jour au plus fort des symptômes, si aucun médecin ne vient les visiter à domicile, comment ces personnes font-elles pour être auscultées et aiguillées avant qu'il ne soit trop tard vers l'hôpital si nécessaire ?

J'ai parlé de prise en charge, d'auscultation précoce mais je n'ai pas parlé de traitement précoce. Là aussi, il y a tant à dire !

Alors, un message à tous les membres de la famille des malades, et notamment aux enfants des personnes âgées malades.
- N'hésitez pas à leur fournir un oxymètre de pouls (Louis Fouché en parle à plusieurs reprises) et appelez-les plusieurs fois par jour, rappelez-leur de prendre leurs mesures, et demandez-leur de vous décrire leurs symptômes, plusieurs fois par jour.
- Mettez toutes ces données en regard des symptômes d'aggravation répertoriés et n'hésitez pas à leur dire quand appeler le 15 ou à appeler pour eux s'ils ne sont plus capables de le faire eux-mêmes. En effet, la fatigue peut faire perdre le sens de la gravité de la maladie, par épuisement et confusion mentale (très fréquente), surtout si dans un couple, les deux personnes âgées sont malades en même temps ou si la personne âgée vit seule.
- N'hésitez pas à demander au plus vite les coordonnées de leur médecin traitant et appelez vous-même. C'est à vous de vous farcir la petite musique du standard moult fois avant d'obtenir la secrétaire du cabinet médical, pas à eux. Ils risquent de ne pas réitérer leur appel et de laisser passer une chance d'être pris en charge. Ils ont besoin de ce temps précieux pour se reposer. Insistez pour qu'un médecin leur rende visite sur place, à leur domicile. Ruez dans les brancards, mais poliment, avec bienveillance. Je l'ai fait pour un autre de mes proches, qui vit également loin. Un médecin lui a finalement rendu visite le jour même mais je me suis fait balader entre plusieurs cabinets avant d'en trouver un qui voulait bien effectuer une visite à domicile, de surcroît imprévue.
- Faites leur penser à boire afin d'éviter la déshydratation.
- Assurez-vous que l'intendance, les courses, etc. sont assurées par des amis ou voisins.
- Renseignez-vous sur les traitements en cours et rappelez leur de les prendre, chaque jour, car ils risquent d'oublier.
C'est fou au final ce qu'on peut faire pour ses proches, même à des centaines de kilomètres de distance.

Et n'oubliez pas la tendresse et plein d'amour à vos proches, malades ou pas, quoi qu'il en soit.
Courage à tous !

Magalie

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