Témoignage

Lettre à Claire

 

Claire,

 

Tu nous as quittés il y a un peu plus de deux ans, le 7 octobre 2018. Dans l’avion, au retour de notre stage de dessin à Rhodes, en septembre 2018, je finissais un livre intitulé

Homme augmenté, humanité diminuée de Philippe Baqué. Tu m’as demandé si je pouvais te le prêter, et je t’ai répondu : « Tu sais, ce n’est vraiment pas très drôle, c’est sur la médecine de demain. » Mais tu as voulu quand-même me l’emprunter.

Quand on a fait le pot de rentrée fin septembre avec l’expo des carnets de voyage, tu m’as fait la surprise de venir de Paris, avec ton carnet fini. Tu m’as rendu le livre et, je m’en rappelle très bien, tu m’as dit :

« C’est exactement ça, c’est ce que je vis depuis quatre ans, je ne me bats plus contre mon cancer, je me bats contre les effets secondaires de mon traitement, ce n’est pas une vie, c’est de la survie, et d’ailleurs, j’ai décidé de dire à mon oncologue qu’en novembre, de toute façon, je refuserais tout nouveau traitement. Ils n’ont pas pour objectif de guérir les malades, mais de les maintenir malades le plus longtemps possible, c’est plus rentable pour l’hôpital. »
Je n’ai jamais oublié ce que tu m’avais dit, car tu étais bien placée pour le savoir.

Chaque jour que l’on vit depuis le 17 mars 2020, je me dis : c’est quelque chose que Claire n’aura pas eu à subir : la maladie, plus l’isolement, le confinement, et toutes les restrictions qui vont avec. La médecine de demain était bien pour demain. On ne l’a pas vue venir. Le prétexte d’une pandémie au début de l’année 2020 aura été l’occasion rêvée pour les labos de mettre en marche leur machine infernale. Oui, si je dis ça tout haut, on va encore me dire que je suis complotiste, et la conversation sera coupée net. Alors, en repensant à ce que tu m’avais dit peu avant de nous quitter, sur cette fameuse médecine de demain, j’ai eu envie de t’écrire, épisode après épisode, ce qui se passait en France depuis le 17 mars 2020. Sur ce que tu n’auras pas eu à subir.
Le 17 mars, on a appris qu’on allait être confinés. A l’époque, on ne savait pas bien ce que ça voulait dire. Ne plus avoir le droit de sortir de chez soi, sauf dans un périmètre d’un kilomètre, pour se dégourdir les jambes, promener son chien, faire des courses de première nécessité ou aller se faire soigner.
Il fallait pour cela, chaque jour, se remplir soi-même et signer une attestation de déplacement dérogatoire avec l’heure de sortie et la date. Les parcs et les jardins furent fermés, ainsi que les plages. Les frontières furent fermées les unes après les autres, et tous les avions, cloués au sol. On s’est dit que c’était forcément quelque chose de très grave. On a obéi, on n’a vu
personne, on est restés chez soi, et ce confinement qui devait durer deux semaines aura duré deux mois. Une économie totalement à l’arrêt pendant deux mois, une catastrophe économique.

Chaque soir, au journal télévisé, on nous comptabilisait le nombre de morts de cette maladie, appelée COVID 19, qui nous terrifiait tous.

On nous déconfina le 12 mai, la vie reprit timidement son cours, puis vinrent l’été, les vacances, un peu d’insouciance. Mais pas trop longtemps. Le 3 août 2020, on apprit qu’à Lille, le port du masque serait obligatoire dans la rue. Ce masque, dont on nous disait en mars qu’il était totalement inutile dans la rue, voire dangereux pour la santé, et que de toute façon, pour qu’il soit efficace, il ne fallait jamais le manipuler, et le changer au minimum toutes les deux heures. Ce masque, à présent, on nous l’impose dehors, sous peine d’une amende 135 euros.

On nous avait dit aussi que l’école pouvait reprendre dès le mois de mai, car les enfants n’étaient pas contagieux. Et là, le deuxième couperet tombe à la rentrée de septembre. Le port
du masque sera obligatoire à l’école toute la journée pour les enfants à partir de 11 ans. Là, ce n’est pas une amende si on ne le porte pas, c’est, dans certains établissements, l’exclusion immédiate. En boucle, à la télévision, chaque jour, on nous parle d’une deuxième vague épidémique qui risque d’être pire que la première. Terreur et anxiété dans la population, les gens n’ont plus besoin d’être confinés, ils n’ont plus le goût de sortir, d’aller dans les restaurants où il faudra télécharger l’application stop covid sur son téléphone, et laisser ses coordonnées pour permettre aux restaurateurs de lister ses clients et de donner cette liste en mairie si des cas de covid sont déclarés dans son établissement. Le traçage numérique est en route.

Au cinéma, aux concerts, pareil.

Puis on a vu fleurir un peu partout des centres de dépistage covid. Pas besoin de dire aux gens de se faire dépister : tellement terrorisés, ils y allaient par eux-mêmes, et en plus, c’était gratuit.

Nouvel épisode, peu avant les vacances de la Toussaint : on entend que peut-être, un reconfinement est envisagé avant la fin de l’année.
Non, nous rassure notre président, qui nous avait pourtant dit en mars qu’on était en guerre, on va tout faire pour ne pas envisager un reconfinement. On va commencer par un couvre-feu (puisqu’on est en guerre). Nouveau coup dur pour les cinémas et les restaurants : interdiction de sortir après 21h.
Et la télévision de continuer à diffuser en boucle des slogans comme celui-ci : si vous aimez vos proches, ne vous approchez pas. Des spots également nous montrant qu’on peut passer des moments merveilleux avec sa grand-mère, à préparer une recette de cuisine ensemble, chacun masqué bien sûr, en respectant les distances. Combien de fois n’aura-t-on pas entendu ces mots : gestes barrières, distance… Une dernière trouvaille pour culpabiliser les enfants fut de diffuser une petite séquence nous montrant les moments de joie d’un anniversaire en famille : une grand-mère souffle ses bougies, ses petits-enfants l’embrassent ensuite tendrement. La séquence s’arrête net, puis, séquence suivante : la grand-mère est entre la vie et la mort, sous respirateur artificiel. Avec à nouveau ce slogan : quand on aime ses proches, on ne s’approche pas. C’est sûr, les enfants n’oseront plus approcher pour de bon leurs grands-parents.
Nouveau couperet le 30 octobre, à la fin des vacances de la Toussaint : le confinement aura bien lieu au moins jusqu’en décembre. Mais cette fois, c’est plus subtil, on doit s’estimer heureux : les écoles resteront ouvertes (pas les facultés), les établissements administratifs, les cabinets médicaux (orthophonistes, kinés, ophtalmos…) ainsi que les magasins d’alimentation. Tout le reste, fermé.

Bien sûr, comme la première fois, on ne parle pas des acteurs de la culture : musiciens, artistes, comédiens, … ils sont dans l’ombre depuis le début, qu’ils le restent. Bibliothèques,
fermées. Cinémas, fermés. Bars et restaurants, fermés. Musées, fermés. Salles de sport ou de yoga, fermées. Piscines, fermées. Coiffeurs, fermés. Ecoles de musique, fermées. Ateliers de théâtre ou de peinture, fermés. Banques, ouvertes. Grandes surfaces et supermarchés proposant autre chose que de l’alimentaire, ouverts.
Alors, on devrait être contents, pour ceux qui ont le droit de travailler, leurs enfants peuvent aller à l’école ou en crèche.
Mais, pour cette rentrée du 2 novembre, un nouveau couperet tombe : à présent, le port du masque sera obligatoire pour les enfants dès l’âge de 6 ans.
Il n’y aura plus de sport, et au lycée, plus de récréation.
« En dehors du travail, tout sera interdit : marcher dans les rues, se distraire, chanter, danser… » Cette phrase est tirée de la fiction de Georges Orwell, 1984.

Ce scénario abominable, Claire, n’est pas une fiction. C’est ce qui se passe depuis le début de l’année 2020 en France, dans tous les pays d’Europe ainsi que dans beaucoup d’autres pays du monde. En Argentine, les gens sont toujours confinés depuis mars 2020. En Allemagne, on parle d’ouvrir des centres pour enfants au cas où ils sont testés positifs, afin de les isoler de leur famille le temps d’une quarantaine.
En France, dès 2021, l’école à la maison sera interdite. Pendant le premier confinement, beaucoup de parents d’ailleurs s’étaient intéressés à ce mode d’éducation alternative, après ces presque 6 mois d’interruption de l’école.
A présent, ils n’auront plus le choix que de mettre leurs enfants bâillonnés à l’école. Le dernier qui avait interdit l’enseignement à la maison, c’était… Hitler.
Bien sûr, il vaut mieux ne pas y penser. Surtout, garder notre masque et ne rien dire, en attendant des jours meilleurs.
L’hôpital à l’agonie depuis des années est en plan blanc au moins jusque décembre 2020 : interdiction pour les soignants de faire grève, et interdiction de poser leurs congés. Nos soignants sont à bout de souffle. Nos enseignants sont à bout de souffle. Notre économie est à bout de souffle. Le Secours populaire a lancé récemment un message d’alerte : la misère en
France est plus forte qu’après la seconde guerre mondiale. La jeune génération est sacrifiée. Les rêves de nos enfants sont massacrés. Comment vont-ils grandir ?
Est-ce ce monde-là qu’on veut leur offrir ? Avec l’idée déjà bien ancrée en eux que toute personne trop proche de soi est potentiellement dangereuse car peut-être contagieuse ? Et que surtout il ne faudra plus s’approcher des personnes dites « à risque » ?

Devra-t-on dresser à l’avenir une liste précisant quelle catégorie de personnes est à risque ? Quelle limite d’âge, quel poids, quels antécédents médicaux ?

Article 23 (1) de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme :
« Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail. »
Les comédiens, artistes, musiciens, et combien d’autres…. n’ont plus le droit de travailler depuis des mois.

Article 26 (3) : « Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants. »
A présent ils n’auront plus le choix que de les envoyer à l’école, cette même école dont leurs enfants ont été privés durant plus de six mois.

Article 13 (1) : « Toute personne a le droit de circuler librement. »
La France n’est plus une démocratie.
Le rouleau compresseur est en marche.
J’ai bien peur, Claire, que ces quelques pages ne soient juste que le début d’une triste histoire qui évoquera les années sombres à venir.
Ecrire, surtout, pour ne pas perdre espoir, écrire, pour laisser une trace de ce qui est en train de se passer. On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas, qu’on n’avait rien vu venir. Depuis des mois, tant d’incohérences, de mensonges, d’affirmations puis leurs contraires, de désinformation, de censure (des dizaines de milliers de vidéos supprimées par Youtube quand elles parlent de sujets qui dérangent un peu trop, les chaînes Youtube des lanceurs d’alerte
supprimées purement et simplement… L’éminent Professeur Perronne démis de ses fonctions pour avoir, entre autres, osé publier un livre sur la gestion de cette crise sanitaire : Y-a-t-il une erreur qu’ils n’ont pas commise ?

Tant d’interdictions, de décrets arbitraires et contradictoires qui sèment le chaos et la peur. Une politique de la terreur. Qui nous infantilise à coup de punitions et de leçons de morale.

« Vous n’avez pas respecté les gestes barrières, le déconfinement n’a pas fonctionné, vous avez fait n’importe quoi. Il va falloir des mesures encore plus restrictives. »

A qui la faute ? Qui sont les premiers vrais responsables ? Plus de 60 000 lits d’hospitalisation supprimés en 15 ans pour une politique de rentabilité de l’hôpital toujours croissante.

« Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les
regardent sans rien faire » - Albert Einstein –

Si je t’écris cette lettre, Claire, c’est parce que depuis le début de cette histoire, je me pose la question : qu’aurais-tu fait ? Comment aurais-tu réagi ? Aurais-tu obéi sans chercher à comprendre ?
Je n’aurais pas la réponse à ma question, bien sûr. Mais ce que je sais, c’est que jamais tu n’aurais baissé les bras. Tu ne supportais pas l’injustice. Tu aurais été en colère, mais une colère saine, de celles qui nous permettent de rebondir.
La désobéissance civile est un devoir quand les gouvernements sont corrompus, disait Gandhi.
Dans cette lettre, je suis sûre que tu auras compris qu’à aucun moment je n’ai voulu minimiser la gravité de cette pandémie, mais je finirai juste avec cette belle phrase de l’abbé Pierre : « La maladie la plus constante et la plus mortelle, mais aussi la plus inconnue de toute société se trouve dans son indifférence, puis bien vite, son ignorance à l’égard du sort des moins forts de ses membres. »

Voilà, Claire, cette lettre était pour toi. Ce n’est pas un hasard si j’avais envie de
m’adresser à toi, quand tant de questions se bousculent dans ma tête à chaque fois qu’un nouveau décret absurde et arbitraire est voté.

Avec toute mon affection.
Marie

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