Témoignage

Lettre à Emmanuel

Monsieur le Président,

je t'écris pour te dire que je ne suis pas content du tout. Je te tutoie car, comme la Constitution nous l'enseigne, nous sommes égaux devant la loi, peu importe la fonction, peu importe le rang. À ce titre, dans cette lettre, tu ne seras qu'Emmanuel, car toi aussi tu fais partie du peuple. Un peuple qui souffre. Un peuple qui, comme Antoine de Saint-Exupéry l'écrivait dans "Pilote de Guerre", en pleine débâcle, n’est constitué que de moutons lâchés sur les routes, sans berger. Le seul berger que le peuple attend, ce n'est pas toi, et tu le sais. Tu le sais parce que tu es aujourd'hui un fragment de l'État. L'État n'est jamais du côté du peuple. Il est du côté de la victoire sur ses guerres, du côté du maintien de son économie, bien à l'abri derrière une rangée de chiffres et de statistiques, s'alarmant pour tel phénomène, essayant de sauver tel ou tel patrimoine nébuleux aux yeux du public, cherchant de nouveaux moyens pour lutter contre d'autres inconvenances.

Tu as renoncé à être le berger de cette France le jour où tu as décidé de devenir Président. D'entrer dans cette grande famille qu'est l'administration. Elle est belle, l'administration, quand elle n'est pas humaine. Des kilomètres de rouages rutilants, de procédures, de papiers, de bureaux, d'ordinateurs. Lorsque l’humain, qu’il soit usager ou fonctionnaire, se glisse dans cette mécanique, établit nécessairement des exceptions induites par la multiplicité et la diversité des situations de chacun, altérant ou paralysant le système administratif. Les humains sont autant de grains de sable dans ses rouages. Soixante-dix millions, peu ou prou, de grains de sable.

Les immigrés, les non-vaccinés, les sans-abris, les squatteurs, les marchands de sommeil, les dealers, les manifestants, les gilets jaunes, Francis Lalanne, Jean-Marie Bigard, l'opposition, sont des grains de sable dans tes plans. Alors tu sévis. Alors tu infantilises. Alors, dans ta guerre, tu te retournes contre ton peuple. Non, tu n'es pas notre berger, nous, Français de la débâcle sanitaire. Tu représentes bel et bien l'État, qui veut vaincre, qu’importe le prix, qu’importent les coûts, financiers ou humains. Comme en temps de guerre, tu ne respectes plus la Constitution. L'article 2 précise « par le peuple, pour le peuple ». Il n'est plus de peuple dans ta guerre. Il n'existe que des complotistes et des vaccinés. Tu ressembles à t'y méprendre au gouvernement soviétique, lorsque, lors des grandes purges, il fallait abattre l'ennemi coûte que coûte. La paranoïa l'emportait sur la raison et une guerre d'information violente sévissait.

Pourtant, l'idée de l'Union Soviétique, à l’origine, était de mettre à égalité les puissants, de faire du peuple-travailleur le seul maître de sa destinée ; mais il est une chose à ne jamais oublier à propos de l'être humain : le pouvoir le corrompt, et dès lors, il cesse de faire partie du peuple, d'être le peuple. Cette Constitution Française fait de nous des Hommes égaux, mais aussi des frères. Oh, des frères lointains, séparés par d’infranchissables montagnes et d’hostiles mers, car ici, la distance est tordue et rompue dans un maelström de concepts, empreints de traditions, de convenances, de conventions qui parfois s’entremêlent. Cette Constitution établit que, de fait, étant nés sur le sol français, partageant une même langue et des coutumes similaires, nous nous devons l’égalité et la fraternité. Dès lors, nous pourrions nous retrouver autour d’un repas, discuter de nos avenirs respectifs, en toute camaraderie.

Comment un frère, frère de tous les habitants de cette nation, peut-il infliger pareilles souffrances à ses autres frères et sœurs ? Pourquoi ce pouvoir que tu détiens si jalousement (et dont, sois-en sûr, je ne veux point) te rend aussi lointain, aussi mauvais, aussi aveugle ? Aussi, nous, tes frères et sœurs, avons le devoir de te ramener à ta place, auprès des tiens, auprès de ta nation. Cela impliquera certainement des révoltes, tu en as connues autrefois, mais aujourd'hui, tu les prends contre toi au lieu de les accueillir. Alors, notre résistance prend de l'ampleur, elle nous dépasse. Et déjà, tu prépares ton armée, tes discours sur le sens moral, sur le pays, sur la guerre. Déjà, tu te retournes contre ton peuple. Si nos corps, seuls remparts contre ton injuste oppression, doivent devenir martyrs, alors ils le deviendront.

Au même titre que l’égalité et la fraternité, il existe un terme inscrit noir sur blanc dans la Constitution et sur le fronton de nos institutions : la liberté. Nous sommes libres, nos ancêtres ont combattu pour notre liberté, pour la justice des peuples, pour la démocratie et pour, ils l'espéraient, un monde meilleur. Hélas, les vies d'Hommes ne sont-elles destinées qu’à voir renaître leurs anciennes luttes, perpétuellement ? Déjà, nous, peuple, moutons, percevons l'ombre d'une dictature, d'une tyrannie, et toi, au milieu du cyclone, tu ne vois rien. Ton pouvoir t’aveugle comme la lune aveugle le pilote de l’avion au-dessus de la tempête, tu ne comprends pas que c'est toi qui fais avancer ou reculer ce cyclone.

Si demain, le peuple meurt, tu seras seul responsable. Si dans vingt ans, le peuple meurt, tu en seras en partie responsable. Si dans cent ans, le peuple meurt, tu en aura été, pour partie, responsable. En prenant tes fonctions de chef d'État, tu as accepté cette responsabilité, ainsi que le renoncement à devenir notre berger. Pourquoi t’acharnes-tu maintenant à rompre les liens de fraternité entre les Hommes, entre ton peuple et toi-même ? Si aujourd’hui nous nous levons, si aujourd’hui, nous, moutons, devenons les loups, ce n’est pas contre toi, mais plutôt contre le pouvoir, pour notre avenir. Si nous nous levons, ce n'est pas pour t'abattre, c'est pour calmer la tempête. Si nous nous levons, c'est pour mieux te faire asseoir à notre table, te rendre la vue, te montrer les conséquences de tes actes. Alors nous nous levons. Tous. Toutes. Les imbéciles et les intelligents, les heureux et les mécontents, les bonnes gens et les vauriens, les juifs, les musulmans, les catholiques, les riches et les pauvres, les sédentaires et les nomades ; nous tous, de toutes couleurs, de toutes religions, de toutes situations, nous sommes la France. Nous sommes tes sœurs et tes frères. Nous t'intimons de t'asseoir à notre table et de nous écouter. Nous ne comprenons pas. Tu diras que nous n'avons jamais rien compris. Tu marqueras, comme tu l'as souvent fait au cours de ton mandat présidentiel, du mépris, du dédain. Ces décisions, que tu prends sur nos corps, tu les prends sans notre autorisation. Avec ces ordonnances que tu rédiges, tu court-circuites volontairement la République. Il faut aller vite. Ta vitesse est exceptionnelle. Ta tyrannie l'est tout autant. Nous ne comprenons pas pourquoi tu ne respectes pas les fondamentaux de notre société, de notre République.

Notre Constitution s'attache aux Droits de l'Homme (déclaration de 1789), à la charte environnementale, au préambule de la Constitution de 1946 mais aussi à la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. L'as-tu lue ? Je vais rapidement te résumer ce que tu n'as pas respecté. Prenons d'abord l'article 3 : « Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne. » Lorsque tu nous imposes un pass sanitaire, des vaccins, tu joues à la roulette russe avec nos vies. Même si le taux de mortalité de tes vaccins anti-covid est bas, tout comme la létalité du covid l'est, tu nous exposes au choix suivant : risquer de mourir ou risquer de tomber malade. Pour quel résultat ? Certaines personnes doivent-elles risquer de mourir pour en protéger d’autres ? Qu’est-ce qui, de manière éthique, justifie que nous nous mettions en danger pour une part de la population qui, en majorité, vit isolée dans des EHPAD? Que sauvons-nous réellement ? Non, tu ne respectes pas cet article 3. La liberté s'appuie sur les valeurs de chacun, sur un sens, un but, une action.

Notre liberté, c'est aussi de disposer de ce qui nous façonne, nous constitue, nous grandit. Tu veux nous vacciner ou, à défaut, nous forcer à payer une quelconque taxe, au motif d'une responsabilité fantôme. Oui, cette maladie existe. Non, je ne suis pas une bombe virale à retardement. Lorsque, entre 2014 et 2015, la grippe tuait plus de 18 000 personnes en quelques mois, selon tes chiffres, tu étais ministre de l'économie. Est-ce à ce moment-là que l’idée de crise sanitaire a germé dans ton esprit ? Aucun état d'urgence ne fut prononcé. Aucun plan de protection des personnes âgées. Des vaccins, encore et toujours. Pour quels résultats? Pour quelle vérité ? Pourquoi ta vérité vaudrait-elle mieux que la nôtre ? Je préfère mourir d'une maladie, d'une fatalité, que de la main d'un homme. Cette fatalité qui me tombera dessus sera toujours moins insupportable que la sensation d'avoir été assassiné pour un bien commun que je ne connaîtrais probablement jamais. La fatalité peut m'épargner, mais l'homme, lui, ne m'épargnera pas. Ainsi, je t'oppose l'article 5 : « Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. » Oui, celui-ci non plus, tu ne l'as pas respecté. En érigeant les soignants en héros, tu as commencé à diviser la population : les héros et les passifs. La lie. Alors cette lie s'est comportée en lie : certains ont exproprié des soignants par peur d'être malades. La bêtise est d'une contagion autrement plus virulente que ton covid, mais malheureusement pour nous, tu as fermé nos seuls centres de vaccins durant la période du premier confinement : les librairies. Parce que oui, la culture est l'un des vaccins les plus sûrs contre la bêtise. Il protège jusqu'à douze fois plus efficacement que l'école et évite 95% des dictateurs.

Puis, alors que les soignants, héros d'une guerre passée, se sont rebellés comme les marins de Potemkine contre des ordres sans fondement, tu les chasses et tu les fusilles. Tu les transformes en parias. Désormais, ils sont la lie. Crois-moi, ils se comporteront en lie. Ils sont actuellement le sang des veines de la santé. Infecter du sang n'est jamais bon pour un organisme. Tu soumets donc ces anciens héros, devenus parias, à des traitements dégradants pour, selon toi, le bien d'un peuple et son salut. Parce qu'en défendant ton pass sanitaire, tu violes ouvertement l'article 7 : « Tous [les Hommes] sont égaux devant la loi et ont droit sans distinction à une égale protection de la loi. Tous ont droit à une protection égale contre toute discrimination qui violerait la présente Déclaration et contre toute provocation à une telle discrimination. » Ton idée de pass sanitaire suscite une discrimination entre les non-vaccinés et les vaccinés, entre ceux qui préfèrent mourir d'une maladie et ceux qui préfèrent mourir de la main de l'Homme. La maladie ne tue pas toujours, tes vaccins non plus. Je veux avoir la liberté de choisir ma mort, tout comme j'ai la liberté de choisir l'enterrement ou l'incinération.

Ton vaccin et ton pass sanitaire violent également l'article 12 : « Nul ne sera l'objet d'immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes. » L'immixtion, c'est le fait de s'immiscer.

Tes propagandes pour "retrouver la vie d'avant" mettant en scène des personnes âgées ne pouvant pas étreindre leur descendance est une immixtion dans la vie privée. Tes mesures gouvernementales imposant un nombre maximum de six personnes autour d’un repas sont une immixtion. Cet article 12 nous en protégeait. Tu l'as violé. Je ne citerai pas l'article 13, cependant. Dans le cas des confinements, et donc de la protection des populations, le droit de circuler à l'intérieur d'un État et les lois établies par celui-ci sont interdépendants. En ne citant pas cette violation, je me protège de ma propre mauvaise foi. Dénoncer une violation de cet article 13 serait nier l’effort de protection mis en œuvre par le gouvernement. Je ne souhaite pas qu’une mauvaise foi puisse s’insinuer entre nous, puisque nous sommes égaux. Je me garde la liberté, plus tard, de la laisser s’exprimer, lorsque, aux abois, ton gouvernement fera tout son possible pour être réélu, jusqu'à faire de la publicité pour une extrême droite qui sera déclarée perdante au second tour.

C'est, je crois, ta seule manière d'être à nouveau élu. C'est la stratégie que tu choisiras. Si ce n'est pas toi, alors ce sera l’un de tes subalternes dans la hiérarchie de l'État, un autre frère que nous devrons ramener à la raison. Pendant le confinement et finalement durant ton mandat, tu as violé l'article 18 : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites. » Je crois que cet article est assez clair pour ne pas avoir à entrer dans les détails. Néanmoins, je vais te rappeler que les lieux de culte sont les endroits où les fidèles prient. Ils prient pour leur salut, mais aussi pour le tien. Pour la fin d'une épidémie, par exemple, comme on priait jadis lorsque la peste survenait.

La foi est un vaccin contre la peur. Tu as détourné les fidèles de leurs dieux. Ils n'auraient propagé rien d'autre que de l'espoir, mais l'espoir, tu n'en veux pas. Tu n'en disposes pas pour toi-même, alors pourquoi en laisser aux autres ? Tu m'as dénoncé, moi, comme complotiste. Par définition, un complotiste est une personne versée dans un complot. Regarde-moi en face, je ne complote pas. Je t'écris ouvertement, directement, et toi, prendras-tu le temps de me lire et de me répondre ? Tu seras probablement absorbé par tes propres peurs, notamment celle du complot contre toi, contre ton pouvoir. Je ne crains rien car je ne possède rien. Ni maison, ni famille, ni pouvoir, car je suis le peuple et le peuple s'habille de mille coutumes et de mille croyances. Un peuple ne possède rien et pourtant il possède tout. Toi, tu n'es plus le peuple. Tu es un homme détenant un pouvoir, une famille, une maison. Tu perdras beaucoup plus que moi dans cette histoire et cela t'est insupportable.

Regarde-moi. Vois comme je porte en moi la valeur de la liberté, de l'égalité, de la fraternité. Vois comme je suis le peuple. Vois comme je te suis insupportable. Il ne tient qu'à toi de redevenir peuple. C'est aussi en cela que tu as violé l'article 19 : « Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit. » Tu as également violé l'un des articles les plus fondamentaux de ce texte, l'article 30 : « Aucune disposition de la présente Déclaration ne peut être interprétée comme impliquant, pour un État, un groupement ou un individu, un droit quelconque de se livrer à une activité ou d'accomplir un acte visant à la destruction des droits et libertés qui y sont énoncés. » Ton pass sanitaire, ton vaccin, tes ordres de vaccination, détruisent eux-mêmes les libertés énoncées ci-dessus, au nom d'un intérêt commun hasardeux.

Cette lettre, peut-être la trouveras-tu longue, si, d'aventure et de tous mes souhaits, tu venais à la lire. Si tu la lis, il te faudra réagir, prendre tes responsabilités. Au nom du peuple, au nom de tous les peuples, tu nous dois des réponses. Voici quelques questions auxquelles il te faudra répondre :

- Que sont devenues les différentes études sino-européennes sur le premier SARS-CoV de 2002 à 2004 ?

- Pourquoi découvrons-nous une maladie qui, de toute évidence, avait une parenté avec ce premier SARS-CoV ?

- Comment se fait-il que les chiffres, sur lesquels tu t'appuies fermement, soient si souvent démentis ?

- Pourquoi n'existe-t-il pas plus d'études concernant les médicaments susceptibles de soigner la maladie ?

- Pourquoi avoir systématiquement recours à des vaccins dont il faut multiplier les doses, que l'on prend comme des médicaments ?

- Pourquoi t’es-tu entouré de personnes controversées, soupçonnées de viol, de harcèlement sexuel ou de conflits d'intérêt ?

 

Emmanuel, je ne comprends plus notre État. La société est le reflet de notre politique. Aujourd'hui, nous vivons dans une société absurde qui prône un vaccin dans le but de protéger les personnes âgées mais laisse sur le trottoir près de 300 000 personnes. Trois cent mille personnes qui meurent de faim, de soif, de maladie mais surtout d’humiliation. Si, ta logique consiste à sacrifier les jeunes en leur inoculant un vaccin pour sauver près de quatre millions de personnes âgées, ne serait-il pas juste, dans cette même logique, de les sacrifier pour sauver les sans-abris ? Si le plus grand groupe doit se sacrifier pour le plus petit nombre, qui, par avance est déjà condamné, ne serait-il pas là, la chose à faire ?

Puisque notre vie est absurde, puisque ton État est absurde, alors, comme l’écrivait Antoine de Saint-Exupéry, jetons nos verres d'eaux sur ces incendies. Peut-être que tous ne seront pas vains, peut-être que l'un d'eux atteindra le cœur du foyer pour que l'on aperçoive enfin le visage de l'incendie ! Emmanuel, je ne comprends plus notre État. Il était un État dans lequel on pouvait se faire soigner. Aujourd'hui, il est un État dans lequel j'ai peur d'aller voir mon médecin. Un État qui compte plus de McDonald's que d'Hôpitaux Publics : 1442 contre 1364, toujours selon tes chiffres. Est-ce une victoire de ta politique ou une défaite de l'humanisme ? Quand le besoin primaire n'est plus respecté, qu'est-il à penser d’une société de services ? Le service ne devient-il pas alors servitude, lorsqu'il est obligatoire de travailler pour s'offrir les besoins fondamentaux ? Emmanuel, je redeviens, pour un temps, l'homme qui écrit cette lettre. Dans ce paragraphe, je parlerai en mon nom. Je m'appelle Yohan. Ce prénom ne te dira rien, pas plus que mon visage, mais il est important que tu saches qui s’adresse à toi. Je ne suis pas un énième complotiste. Je ne suis pas contre la vaccination, lorsqu’elle me protège réellement d'un danger.

Je serais contre la vaccination si elle me garantissait des droits. Je serais contre la vaccination si le fait d’y être opposé m’imposait des devoirs. Vois-tu, Emmanuel, je me définis moi-même comme un communiste. Je n'éprouve aucune honte à te le dire, je n'ai que faire des tabous idéologiques. Je suis avant tout un être humain, et, en tant qu'être humain, en tant qu'être de chair et de sang, en tant qu'être éphémère, je refuse toute idée militariste, toute idée nationaliste, toute idée qui ferait de nous des chiffres, des statistiques, des servants d'armes au service d'un empire : qu’il soit militaire ou de papier. Si, dans notre démocratie, le militarisme a reculé, c’est bel et bien l’administration qui dirige nos vies. Les servants d’armes sont désormais fonctionnaires, et c’est en cela que nous vivons dans un empire de papier.

Vois-tu, il y a dans le monde comme dans ce pays, des personnes, des êtres vivants qui ont un sang aussi rouge que le mien. Des personnes qui, comme il l’est écrit dans la Constitution, ont le devoir de travailler. Cela en fait donc des travailleurs. Aujourd’hui, ces travailleurs ne savent plus pourquoi ils travaillent. Ils gagnent un salaire dont une partie retourne à l'État sous forme de taxes en cascade, car lorsque l'on achète du pain, on paye une taxe. Le supermarché qui nous le vend paye aussi une taxe. Le boulanger qui a pétri et cuit ce pain paye sa taxe. Le meunier qui a moulu la farine paye sa taxe. Le fermier qui a cultivé le blé paye sa taxe. Au final, ce pain vaut plus cher que les propres ingrédients dont il est composé, car son prix est augmenté de toutes ces taxes. Ce fermier, qui doit manger, achète ce pain. Dès lors qu'il l'achète, il ne comprend plus pourquoi il a travaillé, les ingrédients qui composent ce pain dépassent de loin leur valeur initiale. Ce pain dépasse une norme. Il devient subsistance, il devient ce qui permettra au fermier de se lever le lendemain pour retourner à sa tâche : cultiver du blé. Ce pain est à la fois sa subsistance et ce qui l’enchaîne définitivement à sa terre.

Lorsque l'on achète une voiture, elle a été vendue par un concessionnaire. Elle a été pensée et conçue par un homme ou par une société de design. Elle a été fabriquée puis assemblée par d'autres hommes. Chacun d'eux a payé ses taxes. L'ouvrier, lui, va acheter cette voiture, il va donc payer une taxe supplémentaire. Cette voiture représente à ses yeux un espoir de liberté, un espoir de vacances à la plage avec ses enfants qui n'auront peut-être jamais vu la mer. Au fond de lui, pourquoi travaille-t-il ? Le sait-il vraiment ? Nous avons plusieurs générations de travailleurs que l'on illusionne avec le vague espoir de s’élever au-dessus de leur condition et l’idée qu'ils pourraient, s'ils s'en donnaient les moyens, devenir les propriétaires de leurs outils de production. Peuvent-ils encore savoir pourquoi ils travaillent ? Ce principe de méritocratie prend racine dans notre Constitution, que ta politique et celle de tes prédécesseurs augmentent.

Si nous sommes perdus aujourd'hui, ce n'est pas directement de ton fait, mais bien à cause de la suite successive des capitaines qui ont vu notre navire couler de nombreuses fois, des sacrifices du peuple pour le remettre à flot, avant de sombrer à nouveau, et ce dans un cycle sans fin. En tant qu'Homme, je ne peux tolérer que tu asservisses encore mes sœurs et mes frères, qui, pour la plupart, ne se rangent que du côté de celui qui crie le plus fort. Ils entendent une voix au loin, dans la tempête, et cette voix s’amplifiera à mesure que ta politique les dévorera. Des golems de chair, nous travaillerons à redevenir humains. Nous, zombis aveuglés que tu laisses dans ton sillage, nous retrouverons la vue, nous réapprendrons l'humanité. L'argent que tu déploies sur ton monde, nous le brûlerons. Quand tes coffres seront vides, quand tes réserves d'or ne seront que des veines à miner en Afrique et au-delà, alors tu redeviendras Homme, et avec toute notre communauté d'ex-zombis, d'ex-golems, nous t'accueillerons, non pas en ennemi mais en ami, en homme perdu. Nous te montrerons que c'est dans la fraternité que nous nous élevons, que notre liberté ne sert que nous-mêmes, que nos chemins sont certes inégaux, mais que ce sont précisément ces chemins qui nous guident vers notre égalité.

Nous sommes humains, nous apprenons tous les jours. Personne n'apprend plus que celui qui veut apprendre, et je te souhaite de le vouloir, plus que toute autre chose. Je te souhaite d'apprendre plus que la richesse, plus que la santé, plus que l'espoir, même. Nous, humains, marcheront vers notre humanité pendant que les chiffres ruisselleront des papiers jaunis et se disperseront au fil du temps. Il sera une ère où nous pourrons bâtir à nouveau, lorsque la politique n'aura plus cours, lorsque la société n'aura plus cours, lorsque nous ne serons plus qu'humains, plus que substances contre substances, esprits contre esprits. Notre cause n’est pas vaine. Notre humanité n'est pas vaine. Nos espoirs et nos savoirs ne sont pas vains. Ce qui est vain, c'est ce monde. Ce sont ces frontières que l'on dessine arbitrairement. Cette économie et cet or sont vains.

Que vaut un morceau de métal jaune face au sourire d'un enfant ? Face à la fierté qu'éprouve cet enfant à se tenir aux côtés de son père ? Face au savoir de ce père que son aïeul lui a transmis ? Pourquoi t'acharnes-tu à effacer ces sourires d'enfants ? Pourquoi veux-tu détruire la fierté de ces enfants ? Faire paraître ces pères misérables te rend-t-il plus heureux ? Je ne pense pas la société comme tu la penses. Je ne vois pas ces hommes et ces femmes comme toi tu les vois. Cela fait-il de moi quelqu'un qui vaut moins que toi ? Tu ne détiens le pouvoir que pour une très courte durée. Ceux que tu gouvernes, eux, n'oublieront pas qui tu étais ni comment tu exerçais ce pouvoir. Je te suggère d'y réfléchir.

Pour ma part, je vais continuer de dessiner, dans mon coin, la société dont je rêve. Je vais continuer à exprimer, seul, sans aucun doute, mes vérités. Nous allons continuer, en dépit de ton bon sens, peut-être, à nous instruire et à nous enrichir les uns des autres. Je ne connaîtrais probablement jamais cette société idéale. Toi non plus. Nous serons alors cristallisés par la mort dans nos attitudes ennemies. Est-ce que cela te fait peur ? Je t'avoue que cela m'attriste plus que cela m’effraie. Mourir est un concept bien vivant, c'est un paradoxe, une cascade d'une seule goutte d'eau. Nos attitudes ennemies sont une mort certaine et annoncée aussi. Je ne te hais pas, pas plus que j'ai haï celui qui m'a volé, couteau à la main, celui qui, par huit fois, a vandalisé ma voiture, pas plus que celui qui m'a arnaqué, d'un salaire, d'un travail, d'un appartement. Je ne peux pas haïr ces personnes, elles ne sont que le reflet de cette société perdue. Elles se démènent pour faire naviguer une barque lorsque le grand bateau coule, et les remous qu'elles causent sont certes infiniment plus petits mais infiniment plus visibles que ce grand bateau, car lorsqu’un bateau sombre, il est déjà mort. L'eau ramasse son dû. Mais les petites barques, par milliers, elles, sont vivantes et remuent la surface de l'eau de toute leur détresse ! Ce sont ces passagers d’infortune que nous pointerons du doigt en criant haut et fort : s'ils n'étaient pas dans ces barques, le bateau aurait pu tenir !

Il nous faut des coupables alors nous trouvons des coupables. Peut-être tout à fait injustement, mais nous trouvons des coupables pour la vindicte populaire, pour noyer la responsabilité de notre échec sous la colère. Emmanuel, je te parle de fraternité, ici. Je te parle d'égalité aussi, et un peu de liberté. J'en appelle à ta raison, à ton cœur, à ton courage aussi, car il en faut pour aller contre les siens, contre ce vent chargé d'aiguilles d'acier. Aiguilles de seringues, aiguilles de stylographes, toutes sont dardées sur nous comme des baïonnettes. Je te demande grâce, car les nouvelles mesures que tu as annoncées ce lundi 12 juillet 2021 encourageront, en France, la discrimination.

Yohan

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