Témoignage

Lettre à ma député

Madame,

Je vous écris à vous parce que vous êtes la députée de ma circonscription, mais il va de soi que ce courrier – cet appel, dirais-je- est destiné à l'ensemble des parlementaires. Je vous précise en préambule que je ne suis ni complotiste, ni une écervelée. Je suis habituellement «une bonne citoyenne», de celles qui paient leurs impôts sans rechigner et sans tenter d'« optimiser », qui respectent les limitations de vitesse et ne tondent pas leur pelouse le dimanche. Mais je suis une citoyenne extrêmement inquiète des dérives autoritaires de ces derniers mois. Lorsque je vais voter, c'est pour élire un président de la république, un député, un maire.... Mais pas un papa ni une nounou et je trouve totalement insupportable qu'un gouvernement et un parlement puissent s'arroger le droit de diriger ma vie à ce point. Je ne méconnais pas la sévérité de cette épidémie, et je serais prête à accepter certaines restrictions, mais expliquez-moi, par exemple en quoi, confinement ou non, je suis dangereuse pour moi ou pour les autres lorsque je randonne, seule avec mon conjoint, à pied ou à vélo, sur les routes désertes de la campagne environnante, fut-ce à plus de 10 km de mon domicile ? En revanche, je serais curieuse de connaître les arguments qui seront avancés pour me prouver que l'arrêt de la majorité de mes activités physiques ne seront pas, à plus ou moins long terme, préjudiciables à ma santé globale (« manger.bouger.fr » ... quelle dérision !).

Je n'autorise personne à interférer dans mes relations avec ma famille, et mes parents sont certes âgés, mais ils sont autonomes et en pleine possession de leurs capacités, ils estiment donc avoir le droit de décider de leur vie en connaissance de cause. Ma mère, plus que nonagénaire, trouve pitoyable et révoltant de se voir « empêcher de vivre pour ne pas mourir ». Elle n'accepte pas que l'état sabote les dernières années qui lui restent et la prive de ce qui faisait sa vie, à savoir sa famille et les quelques activités physiques qui lui permettaient de se maintenir en bonne forme. Etes-vous prêts, madame, vous et vos collègues parlementaires, à assumer les syndromes de glissement qui seront constatés – et imputés aux restrictions sanitaires excessives- dans quelques mois chez les plus âgés d'entre nous ?

De même, Madame, je refuse d'être infantilisée, méprisée, admonestée. Je trouve grotesque l'idée même de devoir présenter une attestation lorsque je vais chercher mon pain, ou mes croissants du dimanche (à vélo, toujours, et tôt le matin dans un bourg quasi désert). Je juge intolérable que l'on me demande de ne pas passer plus d'une heure en dehors de mon domicile : lorsque l'on travaille (et étant infirmière, j'ai non seulement le droit, mais encore le devoir d'aller travailler même en période de confinement), et que l'on fait ses courses hebdomadaires de préférences dans les petits commerces de proximité, il peut arriver que l'on ait besoin d'une heure trente pour faire son « plein » hebdomadaire.

Et que l'on ne vienne pas me dire que ces règles ont été édictées pour « en simplifier la compréhension par tous ». Le mépris sous-tendu dans ce discours m'est insupportable. C'est vraiment considérer que nous sommes une nation, non de « 66 millions de procureurs », mais bien de « 66 millions d'attardés ».

Aussi je vous demande, Madame, en tant que représentante élue du peuple, de ne plus accepter de signer un blanc-seing au gouvernement. Être député de la majorité ne signifie pas être un pantin sans volonté et je souhaite désormais que nos parlementaires fassent usage de leur clause de conscience pour éviter l'instauration d'une dictature sanitaire.

Car, Madame, le risque est là : celui du despotisme qui s'installera à bas bruit avec la complicité de nos représentants élus.... Ce jour-là, Madame, il sera trop tard pour avoir un sursaut de conscience : le parlement n'existera plus.

Si vous décidez de me répondre, Madame, ayez l'amabilité de m'épargner les éléments de langages paternalistes, lénifiants et convenus qui sont actuellement en faveur dans les discours politiques, sous couvert de pédagogie...

Avec mes salutations

 

Laurence

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