Témoignage

Oppression

1er décembre 2019 : ma maman meurt après 2 années de souffrance, cancers multiples, je l'accompagne jusqu'à son dernier souffle.

25 décembre 2019 : mon père fait un arrêt cardiaque devant ses enfants et petits-enfants, après comas et hospitalisations il ressort indemne...mais nous sommes traumatisés...

16 Mars 2020 : coup de tél de mon employeur "ma structure va fermer,", je suis éducatrice, je travaille avec des familles SDF mais ma structure est réquisitionnée pour devenir un lieu d'hébergement le temps du confinement pour une trentaine de SDF...je me porte volontaire pour travailler sur un autre service malgré les peurs et les craintes de tous..."les SDF sont vulnérables, ils seront très touchés, n'y va pas" me dit-on.

Pendant le confinement, je souffre de me sentir inutile, je réalise à quel point j'ai besoin d'être au front avec mes collègues et qu'on m'en empêche...

Je me sens oppressée, je sens qu'on m'empêche d'exister mais aussi de vivre mon deuil, je ne peux ni me recueillir sur la tombe de ma mère, ni ranger ses affaires dans sa maison, à plus de 100km de la mienne. Mon père est à risque après son arrêt, il ne faut pas l'approcher...
Je sors une heure par jour avec mes filles et je me fais arrêter plusieurs fois par les gendarmes devant chez moi, je suis devenue une délinquante car je promène mes filles... je le vis très mal, je bous à l'intérieur, je me sens seule...je pleure ma mère, je craque devant les policiers...

Je me rends compte très vite que cette société s'attaque en premier lieu aux enfants, elle les enferme, les musèle, les empêche de jouer...les jeux des parcs sont condamnés, les écoles ferment, les chiens peuvent plus facilement se promener que les enfants...Très vite, je comprends que quelque chose se passe, quelque chose d'anormal. Je me renseigne, je lis, je suis obsédée par la gestion de la crise, non pas par le virus, j'ai besoin de comprendre, de savoir...

Rapidement, parce que je suis sur des pages facebook de santé alternative, je découvre les médecins qui dénoncent. Je vais même placarder des affiches dans ma commune pour interpeller les gens sur les fermetures abusives...
Je découvre Louis Fouché dont le discours me rassure, me fait me sentir moins seule...Je sens que des gens s'éloignent de moi, des gens qui ont peur, qui trouvent que "les autres, c'est eux le problème"... Je ressens rapidement ce que mes grands-parents ont pu vivre en 39-45, je me sens l'âme d'une résistante.

11 Mai 2020: déconfinement, on me rappelle pour bosser dans l'accueil de nuit qui héberge les femmes enceintes, familles à la rue...
Je m'attendais à des consignes d'hygiène très strictes mais au final, les enfants me sautent dans les bras, personne n'arrive à porter le masque, les jouets ne sont jamais désinfectés....rapidement je réalise que rien ne se passe, personne n'est gravement malade, ni usagers, ni collègues...Je me pose beaucoup de questions concernant la contagiosité de ce virus, les chiffres qu'on nous assènent chaque jour...Je ne comprends pas. Je me prends la tête avec des collègues car je n'impose pas "assez" le masque aux résidents d'après eux ....Je leur rétorque que mon travail c'est de veiller au bon développement des enfants et ce n'est pas avec un masque que je vais voir si un bébé sourit à mon sourire... J'essaye de réveiller des collègues, leur montrer que personne autour de nous n'est malade... Nous côtoyons des gens du monde entier dans une structure avec plus de 200 personnes qui vont qui viennent...Je me sens face à des murs... La peur toujours la peur...Je me sens oppressée dès que je dois porter le masque, dès que je vois des gens, des enfants masqués, je pleure en les regardant...Je suis trop sensible me dit-on... mais je sens que tout nous échappe, qu'on va perdre beaucoup, les gens ne veulent pas le voir. Je leur demande combien de temps comptent-ils tenir comme ça encore ?

Mon ado pleure, elle a l'impression qu'on leur gâche leurs plus belles années...Ma petite est fatiguée, la maitresse passe son temps à crier...entend-t-elle la maitresse parler avec ce masque ? Quel monde leur laissons-nous ?

Le virus n'a tué personne autour de moi... Je ne comprends rien... Je ne vois pas la pandémie annoncée, les catastrophes promises, à croire que c'est ce qu'ils souhaitent : des morts, quitte à les trouver ailleurs...

Mes amis culpabilisent, ne veulent pas refiler le virus à leurs parents... J'essaye de leur faire comprendre qu'ils ne sont responsables de rien...Je suis fatiguée de lutter, d'essayer d'ouvrir les yeux aux autres, parfois je sens que je sème des graines mais souvent, je me sens seule, abattue.

Je ne souhaite qu'une chose, qu'on laisse les enfants tranquilles, qu'on laisse les enfants sourire et être heureux, ils ne doivent pas être les victimes de ces fous qui ont peur et qui sèment la mort...

 

A.

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