Témoignage

Pour Lorenzo Di Nicola : j’ai connu aussi l’arrachement

 

Après avoir lu le témoignage de Lorenzo Di Nicola, j'ai senti le besoin de lui dire que sans doute de nombreuses personnes vont devoir vivre avec des questions sans réponses qui nous feront beaucoup de peine.

J'habite en France, j'ai 63 ans et ma maman en avait 88. Elle avait la maladie d'Alzheimer et j'avais du la faire entrer dans un Ehpad, ce que je pensais être le meilleur endroit pour elle. Le 5 mars j'ai été la voir comme d'habitude. Elle me reconnaissait mais elle n'était pas capable de sortir seule donc nous faisions de petites promenades ou sorties ensemble. Le 7 mars l'établissement a décidé de se fermer aux visites, je l'ai ressenti comme une brutalité. Le, 17 le confinement a débuté. J'avais quelques nouvelles par le personnel quand je téléphonais mais je ne pouvais pas parler à maman qui ne comprenait pas le téléphone, encore moins la voir en visio conférence. Le 28 mars on m'a appelée à 19h en me disant que maman était assez mal et que je pouvais venir la voir, ultime charité : elle était en coma profond, j'ai du m'équiper de matériel qui était rarissime donc précieux à ce moment. Étant seule avec elle, j'ai pu serrer ma mère dans mes bras mais dans quel état ! Le lendemain matin elle est morte.

L'établissement ayant eu 2 tests positifs, je n'ai jamais su si maman est décédée du Covid ou pas, ce qui n'a de toute façon aucune importance car à 88 ans avec quelques antécédents de pathologies elle avait 99% de risques de mourir d'autre chose et en avait l'âge également.

Par souci de ne pas faire prendre de risques au personnel des pompes funèbres nous n'avons pas fait de traitement du corps pour l'exposer ce qui fait que je suis la seule à l'avoir revue, mon frère venu de loin n'a pas pu la voir. Nous n'avons pas eu de cérémonie, juste quelques mots du prêtre au bord du trou de la tombe et 9 personnes autour. C'est très brutal !

Malgré mon esprit philosophique, je n'arrive pas à surmonter toutes ces questions et réflexions... A-t-elle passé ses derniers jours seule dans sa chambre sans affection, sans contact, sans humanité ? J'ai été voir la directrice de l'établissement sans obtenir de réponses sur cette triste fin de vie, d'autant plus difficile à accepter que maman était pleine d'humanité. Je me reproche d'avoir mis maman dans cet établissement qui s'est avéré un "mouroir", elle est morte à 1km de chez moi, c'est triste c'est même déchirant. Je sais bien que nous n'y sommes pour rien, ni moi pour avoir choisi cet établissement, ni Lorenzo pour avoir appelé l'ambulance, ça fait mal quand même ! Il y en a qui ont une lourde responsabilité car combien de personnes sont mortes qui auraient pu être sauvées par un traitement pris dès les premiers signes et combien sont mortes sans humanité ?

J'étais pharmacienne et pour moi entendre "prenez du doliprane et restez chez vous" c'est criminel ! Il faut laisser les médecins faire leur travail et essayer de sauver des malades sans attendre. Ceux qui ne veulent pas nous donner de réponses ont certainement des choses à se reprocher, nous devons essayer de dépasser cela, eux resteront avec leurs actes sur leur conscience. Le fait de nous retrouver sur ce site est un signe positif que nous avançons dans une bonne direction. Il nous faudra de la force et de l'humanité.

 

Anne

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