Témoignage

Quand on n’a pas internet en temps de crise sanitaire

Marie-Andrée, pendant des années, tu es venue à pied conduire et rechercher ta fille à l’atelier. Tu aimais bien arriver un peu avant la fin du cours, comme ça, on pouvait discuter. En mars dernier, les cours se sont arrêtés net. Atelier fermé. Après plus de deux mois de confinement, les cours ont pu reprendre, mi-mai. Tu es arrivée chercher ta fille à la fin du cours, comme d’habitude, mais tu étais un peu essoufflée. On voyait bien que ça n’avait pas l’air d’aller. On avait bien vu que tu avais un énorme pansement à la poitrine. Tu n’as rien dit, on n’a pas posé de question. La semaine suivante, ta fille est venue seule à l’atelier, tu n’avais plus la force de l’accompagner. Elle nous a dit que tu étais malade. Tu ne voulais pas qu’on le sache, qu’on s’inquiète. Et évidemment, on s’est inquiétées. Ah oui… un cancer du sein, détecté avec au moins trois mois de retard, ça ne pardonne pas. Pendant le confinement, on nous disait de ne surtout pas aller encombrer l’hôpital. Et puis en mai, à l’hôpital, il y en avait, du retard… Alors, les chimios, c’était pas pour tout de suite, d’autant que tu avais chopé un staphylocoque. Il a fallu attendre encore… L’été est passé, ton état a empiré, malgré les traitements, puis les complications… Mais tu ne voulais pas aller à l’hôpital, même quand, après, on a parlé de soins palliatifs. Alors, on a voulu savoir comment ça se passerait, chez toi. « Ah oui… c’est vrai, on n’a plus d’eau chaude depuis quatre mois. » -  Et pourquoi ça ?  « Parce qu’avec le COVID, les bureaux du syndic sont fermés, et au téléphone, on nous dit qu’il faut faire une réclamation par mail. Le problème, c’est qu’on n’a plus internet. Et les toilettes aussi, sont hors d’usage depuis quatre mois, et là c’est pareil, il faut demander par internet. »

Tu nous as quittés le 1er décembre, tu as été emmenée en urgence la veille à l’hôpital. C’est toi qui avais raison, Marie-Andrée. Tu n’as pas été toute seule, toute ta famille a pu se relayer chez toi pour t’entourer. A l’hôpital, tu n’aurais eu droit qu’à une seule visite par jour, 30 minutes maximum.

Combien d’oubliés d’internet qu’on n’entend plus ? Qu’on ne voit plus ? Ils sont les invisibles, les silencieux, qui savent que réclamer ne sert à rien, si on n’a pas internet.

 

Lille, le 3 décembre 2020

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