Témoignage

Réunion de rentrée

Tout d'abord vérification du pass à l'entrée. Dans les papiers à signer, une demande de certifier qu'à l'avenir nous n'aurons plus besoin d'être contrôlé. Je refuse de le signer, la secrétaire me répond de le signaler au directeur je le cherche, je rencontre un collègue dans la même situation. Nous trouvons le directeur et le président, je dis que ce papier est une violation du secret médical. « Non » me répondent-ils : "seuls signent les gens consentants" "ça reste une violation en négatif du secret médical" dois-je répéter clairement ému. " C'est aussi dur pour nous" disent-ils. Je veux bien les croire.

 

La réunion commence.

Après les présentations d'usage, le directeur détaille par le menu les différentes mesures accompagnés par les risques encourus pour nous et la structure. Nous apprenons que nous devons contrôler en chaque début de séance les pass de chaque adhérent dès maintenant pour les adultes, et à partir du 30 septembre, pour les enfants de plus de 12 ans et deux mois. Un animateur désolé intervient : » c’est 12 ans et 2 mois : je n'ai pas pu vacciner ma fille, elle a 12 ans mais pas 12 ans et deux mois.

Le bénévole encadrant peut refuser cette habilitation, pas le salarié. Ils ont acheté des téléphones afin que ceux munis de téléphone obsolètes puissent quand même effectuer le contrôle. Mon collègue tombe des nues, il croyait pouvoir y échapper.

 

Tout le monde y va de sa petite interrogation : "Comment je fais pour contrôler un enfant de plus de 12 ans et 2 mois dont je ne connais pas l’âge ? Il peut me mentir puisque je n'ai pas le droit de contrôler sa carte d'identité"

Une autre demande s'il ne pourrait pas contrôler que les gens qui ont un pass sanitaire de 3 jours ? on lui dit "non pas possible !" Cette question va être reposée à plusieurs reprises.

 

Une autre témoigne, elle a commencé déjà ailleurs : "des adhérents sont munies d'un pass appartenant à quelqu'un d'autre, j’ai voulu en arrêter une, l'adhérente m’a répondu - tu n'as pas le droit de contrôler mon identité" qu'est-ce que je fais dans ce cas ? " "Rien" lui répond-on "tu l'as contrôlée, si la police passe tu seras protégée et la structure aussi."

"Mais si quelqu'un s'impose sans pass ?" demande un autre

"Tu ne fais rien sur le moment mais tu nous le signales et nous le signalerons aux autorités compétentes qui seront présentes pour le prochain cours !"

Je lance : "on en arrive à de la délation"

Le directeur fait un petit discours que non, il ne faut pas le voir comme ça : un professionnel agit sous la férule de la réglementation et des décrets.

Je reprends la parole je dis avoir bien compris qu'un professionnel est régi par des algorithmes juridiques mis à jour régulièrement. "jusqu'ici je ne l'ai jamais contesté, mais il y a un seuil où les êtres humains que nous sommes ne peuvent plus être que des professionnels, l'humain doit reprendre le dessus. C’est ici un problème de conscience et de morale." Silence.

Le président prend le relais "au badminton, en fait les non vaccinés ne viennent plus à l'activité tout simplement, ils ne veulent pas déranger la structure, le président, le C.A". "C'est dur pour nous aussi." répète-t-il, je le comprends encore.

 

Une dit « les adhérents vaccinés vont vite exprimer un ras-le bol d'être contrôlés régulièrement alors qu'ils ont leurs deux doses. »

Une animatrice bénévole demande « Ne serait-il pas préférable d’autoriser l’inscription aux ateliers que pour les vaccinés double dose ainsi le contrôle du pass ne serait plus nécessaire ? La réaction collective est un silence gêné, comme un espoir déchu, un consentement tacite impossible.

 

À la fin, pendant le pot, le directeur nous prend à part mon collègue et moi. Mon collègue répète à plusieurs reprises qu'il s'inquiète de la tournure que prennent les évènements. Le directeur réagit : « Nous aussi on se pose des questions et si ça dérape, ça va trop loin, je réagirai. » Alors que je commence à lui dire que le totalitarisme ne sera pas le même aujourd'hui que celui d'hier, qu'il se présentera sous une forme bien plus douce, il me demande brusquement de contrôler mon pass. « Je l'ai présenté à la secrétaire à l'entrée » dis-je, il me répond « c'est mon devoir, de directeur, de responsable, de respecter les règles. » Il continue à soliloquer puis il s’éloigne. Nous en profitons pour partir.

 

Mon ressenti : Même si les mesures prises inquiètent (il y avait une tension et une gravité pendant toute la réunion), il pourrait advenir un accompagnement, un durcissement des mesures pour alléger le travail. Pour ne pas avoir à contrôler les pass, l’installation d’une discrimination entre vaccinés et non vaccinés est envisagée par quelques-uns : le confort psychologique est à ce prix.

 

Comment évoluera la situation si elle perdure ? Le totalitarisme s'installe comme on installe un salon, il faut penser à la commodité.

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