Témoignage

Roissy

A Roissy jeudi dernier

 

A l'aéroport de Madrid, pour monter dans l'avion de retour, nous devons présenter un résultat de test PCR négatif de moins de 72h. Le mien a été fait à Paris, dans un laboratoire, deux jours avant. Un aller-retour rapide pour raison essentielle. J'ai suivi toutes les recommandations, mon dossier est complet. Le contrôle a lieu avant d'entrer dans l'avion, car il était cette fois impossible d'obtenir notre carte d'embarquement sur le site. Donc obligation de passer au guichet Air France (en faisant gentiment la queue bien sûr) pour l'obtenir. Et là, contrôle du test. C’est si simple !

 

Arrivée à Roissy. Tous les passagers sont orientés pour un premier contrôle de police, en file indienne. Attente. Puis après un parcours complexe, balisé, toujours les uns derrière les autres, on apprend que c'est pour nous faire un nouveau test. Nous suivons, gentiment. On nous dit que, pour accélérer la manoeuvre, nous pouvons enregistrer un QR code et remplir (sur le petit écran du téléphone !) un dossier, car en plus de tous les contrôles, il fallait un nouveau dossier ! Dossier hallucinant avec toutes nos données : identité, nom, prénom, adresse… n° de sécu, n° de passeport (allez chercher cela, en poussant une valise dans la queue...). La date de naissance ne marche pas, il me faut 20 minutes pour l'afficher, à remonter les dates depuis ce jour jusqu'à ma date de naissance... J'ai le temps, la file est longue. Et chacun de nous, le nez sur son écran, à ne faire que cela : obtempérer, plus ou moins tranquillement, ne pas communiquer.

 

Mon tour arrive. Au guichet de la Croix Rouge, dépêchée pour réaliser le test, il y a d’abord à constituer un dossier administratif. Mais mon QR code n’a pas fonctionné. La préposée doit reprendre toutes les données, à la main. Cela dure. Les gens sont silencieux. Pas de résistance ou de réaction devant l'incohérence et le vol de notre temps. Seul un anglais non francophone qui ne comprend pas ce qui se passe brandit son test (125€ en Espagne). Il a un rendez-vous d'affaires, qu'il est en train de rater (nous voyageons tous pour raison majeure, professionnelle pour la plupart).

 

Après le dossier, attente encore, pour être prélevé. Nous avons un numéro (pour être appelés, après une nouvelle attente, pour les résultats du test). Enfin assise dans le box, je demande un prélèvement par la gorge. J'ai un certificat médical, mais à la maison, puisque mon test, réalisé en France, est toujours valide. Ne pouvant voir mon certificat, l'infirmière insiste pour me faire prélever dans les muqueuses nasales (ce n’est pas elle qui prélève, mais un jeune homme, qui restera impassible), je refuse. Elle semble paniquer. Elle cherche d'abord à me convaincre gentiment : "Allez, vous verrez cela se passera bien..." "Non !"... Je vous passe l'échange qui dure. Elle devient nerveuse. Et m'envoie à la police pour que je demande une dérogation. Ce que je fais. La police m'assure être au service de ceux qui prélèvent et que je dois demander la dérogation à leur responsable… qui, elle, me renvoie à la police.

 

Personne ne veut prendre la décision, s’engager, mon cas n’a pas été prévu. Je dois obéir. Accepter ce prélèvement et me taire. Mais je refuse. Cela se gâte. Le policier m'enjoint encore une fois de me refaire tester. « Le décret spécifie un test 72h, je l'ai ». Il commence à s'échauffer me martelant que je dois obéir et me laisser prélever par le nez. "Non, vous ne me toucherez pas sans mon autorisation, je respecte ce qui m'a été demandé, j’ai un test valide." « La loi, c'est moi qui la connais. Et c’est celle-là. » « Quelle loi ? » « Vous savez très bien. Nul n’est sensé ignorer la loi ! »... Son ton monte. Je dis que je ne céderai pas.

 

Il m’ordonne de me mettre dans un coin. Il va appeler son chef. Menaçant : "Vous verrez il n'est pas aussi aimable que moi (!!!!), l'amende sera bien supérieure à 135 euros". "Allez le chercher, je l'attends volontiers, j'aimerais l'entendre".

Ensuite, l'infirmière revient, me demandant de présenter mon certificat… que je n'ai pas. Cela dure (2h30 en tout). Tous les autres passagers ont subi le test, sans mot dire, prenant le parti de ne pas réagir, peut être aussi par économie émotionnelle. Aucune complicité entre nous, chacun est plongé dans son téléphone pour avertir sans doute du retard. Ils repartent peu à peu. 100% de tests négatifs je suppose. J'ai fini par avoir l'idée de demander par téléphone à mon médecin qu'il m'envoie une photo de mon certificat médical. Ce qui fut fait finalement, vive le smartphone !

 

J'en avise l'infirmière, qui prend le téléphone, et disparaît (pour aller voir la police, ou ses supérieurs). Après un temps indéfini, infini pour moi, elle revient, me le rend et me dit juste: "Allez-y". "Où ? ". Plus fortement : "Allez !". J'ai pris mes cliques et mes claques et j'ai filé, passant devant le poste de police, mon interlocuteur principal avait le dos tourné. Tous les passagers étaient partis. Aéroport vide et silencieux.

 

Ma détermination à protéger mes sinus était inébranlable. J'ai essayé de rester calme. Mais j'ai mis du temps à m'endormir ce soir-là. Effarée par l'efficacité du système mis en place, toute cette organisation au sein de l'aéroport (quand on veut, on peut) : la file indienne, l'attente, les dossiers. Mais aussi par la surveillance constante, l'impossibilité de s'échapper, les injonctions sans un mot d'explication, l’impuissance absolue devant l'absurde. Du bétail canalisé. L'absence de soutien entre les passagers… Et surtout l'intensité de la colère que suscitait ma situation, petit caillou qui dérangeait une mécanique apparemment parfaitement huilée ; et le mépris, la violence, voire la haine qui sont éveillées là et que je devais aussi maîtriser en moi. Car ce contexte inhumain fait sortir le plus obscur de chacun. Inquiétant.

 

 

Sylvie

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