Témoignage

(Sur)Vivre quand on ne peut pas porter de masque

J’ai 25 ans. Il y a un an, en octobre 2019, j’ai dû arrêter mes études en master 2, suite à une accumulation d’importants problèmes de santé (douleurs neuromusculaires, problèmes digestifs, crises de tremblements, rythme cardiaque irrégulier, essoufflement allant parfois jusqu’à l’étouffement au moindre effort…). J’ai mis plusieurs mois à d’abord comprendre à peu près à quoi c’était dû (anémie pernicieuse, spasmophilie, syndrome d’hyperventilation et dysbiose intestinale principalement), et ensuite à y trouver des solutions potentielles. Avec tous ces problèmes, j’ai dû m’isoler chez moi et sortir le moins possible. En effet, la moindre marche me générait de l’hyperventilation violente et je mettais très longtemps à reprendre mon souffle après.

En mars, ça allait un peu mieux. A l’annonce du premier confinement, j’ai dû quitter très rapidement mon studio en région parisienne pour rentrer chez mes parents. Bien que la cohabitation avec eux m’inquiétait, cela s’est plutôt bien passé ; en effet, j’avais pris l’habitude de ne sortir que très peu de chez moi. Néanmoins, il était frustrant de ne pouvoir profiter du fait que j’allais légèrement mieux pour sortir un peu ; et j’ai également dû annuler plusieurs RDV médicaux.

A l’annonce du déconfinement en mai, j’ai cru pouvoir reprendre une vie normale.

C’était sans compter sur l’obligation du port du masque dans de plus en plus d’endroits.

Je souhaite préciser, qu’à l’époque, je n’avais aucune idée de ce que représentait le port du masque, ni en termes d’efficacité, ni en termes d’innocuité. Mais la première fois que j’en ai mis un, en tissu, j’ai cru que j’allais étouffer dès les premières minutes. Je suis donc passée aux masques chirurgicaux en papier, c’était en effet plus supportable. Mais tôt ou tard, la sensation d’étouffement revenait plus ou moins. Et surtout, elle revenait systématiquement à l’effort, c’est-à-dire en marchant, en montant les escaliers, en faisant mes exercices chez mon kiné. Bref, ce n’était pas tenable, et surtout, ça redéclenchait mon syndrome d’hyperventilation… qui avait failli m’étouffer tant de fois les mois précédents.

J’ai donc commencé à réfléchir et faire des recherches sur la raison pour laquelle je ne supportais pas le masque. J’ai donc trouvé que lorsque l’on inspirait et l’on expirait avec un masque, il y avait une différence de pression entre l’intérieur et l’extérieur qui se créait, et que celle-ci constituait une condition pour mesurer son degré de respirabilité. J’en ai donc déduit la chose suivante : quand on inspire, le masque constituant un obstacle physique, on inspire moins d’02, et quand on expire, le masque constituant un obstacle physique, on expire moins de C02. Par conséquent, à mesure que le temps passe, sous le masque, l’02 se raréfie mais surtout le C02 augmente. Ayant appris lors d’une formation en ligne sur l’hyperventilation que le règlement du rythme respiratoire se fait en fonction du taux de C02, j’ai donc compris que c’était le taux de C02 qui, en augmentant, me redéclenchait de l’hyperventilation.

De plus, j’ai assez vite compris le peu d’intérêt des masques chirurgicaux en population générale dans les lieux publics. Du fait de la taille des mailles, ils ne sont utiles que lorsqu’on est soi-même malade et contagieux pour ne pas contaminer les autres avec des gouttelettes… Seuls les masques FFP2 protègent des virus en sens entrant. De plus, son port prolongé multiplie les chances d’auto-contamination par manipulation ou par macération des micro-organismes sous le masque…

J’ai également appris que le port du masque était déconseillé en cas de problèmes cardiaques ou respiratoires, et que, de manière générale, il était déconseillé de le porter plus d’une heure en continu.

Tout ceci, je l’ai appris en lisant des documents officiels pour la plupart…

Bref, j’ai donc évité soigneusement tous les lieux où le port du masque était obligatoire.  Ça a commencé en mai par les transports en commun. Il me suffisait donc de marcher ou de prendre la voiture. Ensuite, fin juillet, ça a été tous les lieux publics clos. Il me fallait donc désormais rester dehors. Ça commençait à devenir problématique pour les courses ou autres. Ensuite, fin août, a commencé le port du masque obligatoire à l’extérieur. Là, c’était hors de question, puisque je ne le supportais pas du tout à la marche. J’ai donc évité les rues où il était obligatoire. Sauf que, début septembre, il était devenu obligatoire dans toutes les rues de toutes les communes de la métropole ou j’habitais. C’est-à-dire dès le pas de ma porte. En un mot, j’avais le choix entre l’étouffement, la désobéissance civile ou le re-confinement le plus total. C’en était trop. J’ai donc attaqué l’arrêté préfectoral en référé-liberté. Il a été rejeté, malgré tous les arguments et documents que j’avais. J’ai donc demandé un certificat médical de contre-indication au port du masque à mon neurologue (qui avait détecté mon hyperventilation en premier), qu’il m’a fait sans problème. Or, j’ai appris plus tard que dans le décret de sortie de l’état d’urgence sanitaire, la seule contre-indication au port du masque tolérée était le handicap, justifié par statut handicapé ET certificat médical. Quasiment pas d’exception donc, contrairement à certains pays où il y a une dérogation de faite notamment pour les asthmatiques. Néanmoins, dans la rue, je n’ai pas eu de problème avec les policiers jusqu’à présent.

A la rentrée universitaire de septembre 2020, je souhaitais reprendre mes études que j’avais stoppées l’an précédent pour raisons de santé. C’était sans compter le protocole sanitaire universitaire qui prévoyait le port du masque obligatoire dans tout l’établissement et aux abords de celui-ci, sous peine d’amende et d’exclusion temporaire. Il était évidemment impensable pour moi de porter un masque 8h par jour, y compris en marchant, y compris dans les escaliers. Ayant reçu cette information quelques jours avant ma rentrée, j’ai envoyé un mail aux responsables du master leur demandant de me prévoir une dérogation au port du masque obligatoire, tout en leur joignant mon certificat médical. A ma grande surprise, elles m’envoient sur les roses en me répondant qu’aucune dérogation n’est possible et que je n’ai qu’à m’inscrire à un autre master en ligne… (ce qui était totalement irréaliste au vu des délais d’admission en plus d’être injuste car j’avais été admise par procédure sélective dans ce master deux ans auparavant…). J’envoie un mail de protestation argumenté à la directrice de l’UFR avec en copie le service de médecine universitaire. La directrice de l’UFR me répond qu’une pathologie respiratoire me place dans une catégorie à risque pour le COVID et que par conséquent, je dois bénéficier de cours en ligne et me dit qu’elle informe sur le champ la responsable de mon master. Je n’ai jamais eu de réponse de celle-ci. Du côté de la médecine universitaire, autre son de cloche. Elle me dit que seules les personnes ayant une pathologie à risque pour le COVID peuvent bénéficier de cours en ligne, et que ma pathologie n’est pas dans cette liste. Quant à mon certificat médical de contre-indication au port du masque par mon médecin, elle me dit que seul un certificat médical de la médecine universitaire (c’est-à-dire, elle) est considéré comme valable ce que j’ai déjà constaté par le passé pour des demandes d’aménagement d’examens). Sauf que dans le cas présent, elle ne me fait pas ce certificat médical… voie sans issue. J’ai dû arrêter mes études à cause de cette histoire de masque.

A présent, je vis chez mes parents retraités, sans aucune perspective d’emploi possible vu que le port du masque est aussi obligatoire dans toutes les entreprises et administrations.

Si la situation ne change pas d’ici à quelques mois en France, la seule option envisageable pour moi serait d’émigrer en Suède…

 

L.

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