Témoignage

Témoignage d’une étudiante éprouvée

Je m'appelle Charlotte, j'ai 18 ans depuis un peu plus de 3 mois et en guise de cadeau d’anniversaire, j'ai eu le droit à une annonce de reconfinement. Le lendemain, à la suite de mon premier réveil en tant qu'adulte dans ce pays donc, je me suis effondrée et j’ai pleuré pendant plusieurs heures. Étant étudiante en PASS (Parcours Accès Santé Spécifique, ex PACES) avec une grande pression et une lourde charge de travail, je me réjouissais, avant d'apprendre la nouvelle, d'enfin revoir des amies le week-end suivant, des copines qui me sont chères et que je n'avais pas revues depuis un long moment. Je vous laisse imaginer mon désarroi face aux nouvelles restrictions de liberté qui nous tombaient sur la figure. De plus, j'ai pris conscience ce jour-là que le seul lien que je gardais encore avec l'extérieur et qui me permettait de tenir, mon droit d'assister aux cours à l'université, m'était retiré. Ceci sans aucune justification valable à mes yeux, au vu de toutes les mesures que nous respections déjà et qui étaient, à mon avis, suffisamment contraignantes. Cet isolement, bien qu'il ne fut pas l’unique déterminant, m'a conduit à tout arrêter. Je ne supportais plus l'idée de travailler durant des heures interminables, seule dans ma chambre avec une boule au ventre sans même avoir la possibilité de faire autrement. Tout cela me parut d'autant plus insurmontable que je savais que ce qui m'avait permis de tenir mentalement lors du premier confinement était de ne pas avoir de pression scolaire (j'étais alors en terminale avec le bac annulé) et de pouvoir me divertir assez pour ne pas souffrir constamment en pensant à ce qui se passait. Mais là aussi, je me suis rendue compte plus tard que de ne pas avoir passé ce bac, cet examen de référence qui marque une page de fin dans la vie d’un lycéen et dont on nous parle depuis notre plus jeune âge, était en fait un réel manque pour moi et probablement pour beaucoup d'autres.

En mentionnant le manque et les choses dont on nous parle depuis qu’on est petit, ces choses que l'on attend et imagine depuis longtemps, j'aimerais vous parler du passage à l'âge adulte par temps de dictature sanitaire. Bien que celui-ci s'accompagne toujours de désagréments, certains points les compensent habituellement et adoucissent cette période compliquée en offrant de nouvelles possibilités plus positives. Je pense ici bien sûr au fait de sortir boire un verre en terrasse ou d'aller danser en boîte de nuit mais je parle aussi de la possibilité de voyager par exemple, de cette impression que tout est désormais possible et que nous sommes maîtres de nos choix, maîtres de nos vies (supposant que je ne suis pas la seule je parlerai au nous). Or ceci nous est rendu impossible. Au delà de l'aspect "physique" de la chose, toutes ces restrictions, ces privations de liberté soudaines sont un réel choc "mental". A l'heure où nous devrions explorer le champ des possibles, découvrir plus grandement ce que la vie peut nous offrir, nous ouvrir encore plus à l'extérieur et aux autres, nous aventurer davantage et même nous responsabiliser d'autant plus, nous nous retrouvons infantilisés, pris de court, enfermés, restreints, cloisonnés par de nouvelles injonctions parfois liberticides et ce sans aucune explication concrète, sans preuve réelle de leur utilité. Ne songent-ils pas au fait que nous disposons également d'un cerveau capable de raisonner ? Sauver des vies, peut-être, mais à quel prix ? Au prix d'autres vies probablement. Songeons à vivre au lieu d'essayer de ne pas mourir. 

Merci,

C. Defer

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