Témoignage de :

Triste école

1 novembre 2021

La crise du Covid 19 est venue
bouleverser votre quotidien ou celui d’un proche ?
 Racontez-vous, racontez-nous ces moments
avec vos propres mots…

Je veux témoigner ...

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Tout d'abord, merci pour votre site, merci de partager ces témoignages qui nous rapprochent au moins par une démarche et des idées communes : Nous ne sommes pas seuls à patauger dans cette marée noire d'injustices, d'incohérences et de mensonges ; nous lisons en famille vos articles, écrits avec douceur et sans colère, vos témoignages qui mettent les larmes aux yeux, ou la rate au court-bouillon... nous pleurons, nous rions. Nous sommes avec vous le temps d'une lecture, le temps d'une émotion partagée. Merci.

Aujourd'hui, je me décide à partager une tranche de vie. Je suis professeure d'anglais en collège et maman de deux adolescents de 17 et 14 ans. Je peux vous dire, que je n'ai jamais autant appliqué les techniques de gestion de la colère, usé de diatribes mentales pour tenter de la faire descendre, travaillé ma respiration profonde, (enfin... quand les circonstances le permettent..., vous avez déjà essayé de prendre des respirations lentes et profondes avec un masque, vous ? Je peux vous dire que l'afflux de rage n'est pas prêt de s'apaiser).
Mon fils est en troisième, dans l'établissement où j'enseigne. Aïe !
Il rentre la veille des vacances de la Toussaint avec un bulletin de retenue qu'il me tend l'air contrit, il sait dans quel état ça va me mettre. Je lis le motif ; je respire profondément, je ferme les yeux, la colère monte instantanément, je reprends une grande respiration. Ne pas réagir, évacuer, ne rien dire, laisser couler... mais la colère tape dans mes tempes, crispe mes épaules, raidit mes muscles, contracte mes cervicales... me coupe le souffle et la migraine s'installe, encore une ! Le motif ? Le voici : « trois remarques sur le carnet de correspondance ». Revenons donc à la nature des remarques dont j'ai bien entendu pris connaissance au fur et à mesure qu'elles arrivaient : 1 : « port non réglementaire du masque », 2 : « mauvais port du masque, attention, à la 3e remarque, il sera sanctionné », 3 : « doit porter son masque correctement ». Oui, mon fils porte parfois le masque sous le nez pour oxygéner correctement son cerveau en construction. Comme beaucoup d'autres élèves, il commence sa journée masquée à 7h30 en prenant le bus scolaire et la termine vers 18h en descendant du bus, et encore, il a la 'chance' de partir et revenir avec moi certains jours et donc de réduire sa journée masquée à 7h !
L'année scolaire dernière j'avais dû prendre rendez-vous avec le directeur accompagnée du père de mon fils et de mon mari pour contester une heure de retenue pour port du masque sous le nez, sur la cour de récréation, au mois de juin, en pleine chaleur, (et quelques jours avant le retrait officiel du masque en extérieur).

« Je considère qu'obliger un collégien à porter un masque pendant toute une journée de cours, et dans la cour en plein air fait partie des incohérences incompréhensibles, d'autant plus que dans le gymnase, ils sont autorisés à le retirer. Je ne comprends donc pas que des personnes sensées mettent des mots ou punissent un enfant qui cherche juste à se défaire d'une entrave qui le gêne pour respirer. Je ne peux pas entendre, je ne peux pas comprendre qu'on lui mette une heure de retenue pour "mauvais port du masque. Il a déjà été privé des félicitations au 1er trimestre pour cette raison. J'ai exprimé mon désaccord et mon incompréhension à ce moment là. Je pensais avoir été entendue. Mais pour certains d'entre vous, il faut être "bête et discipliné"! Ceci n'est pas ma philosophie et ne fait pas parti des valeurs que j'inculque à mes enfants. Imposer quelque chose de nuisible aux enfants pour un soit disant bien commun non prouvé, est au delà de ma compréhension. Il y'a une différence entre respecter des directives nationales car nous n'avons pas le choix (aussi stupides et inconsistantes soient-elles), et faire de la répression, du flicage et du zèle. Nous ne sommes plus dans l'éducation, mais dans le conditionnement! » avais-je eu l'affront d'écrire en réponse à la retenue, et le directeur m'avais enjoint de ne pas en faire un acte militant... S'en était suivi un bras de fer difficile, ponctué par des menaces d'exclure mon fils si nous persistions à refuser cette retenue. L'entretien s'était terminé par un compromis peu satisfaisant : Le motif a été changé et mon fils a fait sa retenue pour 'indiscipline' et non pas pour 'mauvais port du masque'. Quelle pédagogie éducative !

Nous y voilà à nouveau : le directeur a changé d'établissement, mais le PROTOCOLE sanitaire est toujours là, il semble avoir remplacé le bon sens, la bienveillance et les cerveaux de la majorité de mes collègues qui respectent les injonctions gouvernementales à lettre, «nous sommes agents de l'état», m'avait-on rappelé, «nous devons être exemplaires» ... No comment... En effet, pourquoi se fatiguer à lire, réfléchir, essayer de comprendre et penser par soi-même quand le PROTOCOLE nous épargne cet effort ! Ceci me rappelle un article datant de janvier 2011, La métaphore de la grenouille, dont voici un extrait, et le lien pour une lecture intégrale, https://lesmoutonsenrages.fr/2011/01/31/la-metaphore-de-la-grenouille/#more-1538
...Ne sommes-nous pas, aujourd'hui, dans ce "meilleur des mondes", où les informations frisent la propagande et le lavage de cerveau, où nos "gouvernants" s'érigent en maîtres à penser et ne supportent guère la contestation, et où le "bon peuple" est ravi de ne plus avoir à réfléchir puisque d'autres, évidemment "plus savants", le font pour lui.
Les citoyens ignorent encore que les grandes écoles et les Académies nous enseignent le savoir, mais pas la connaissance qui est un don rare et inné et encore moins le simple bon sens, qui semble disparaître peu à peu au cours du parcours universitaire pour laisser la place au même enseignement stéréotypé dans toutes les disciplines.
La religion et la politique sont considérées comme les deux principaux foyers d'endoctrinement, mais on peut leur ajouter la médecine moderne, qui n'est plus ni un art ni une science, comme elle le fut longtemps, mais une véritable religion car la confiance accordée de nos jours au corps médical relève plus du domaine de la foi et parfois même du fanatisme. On ne réfléchit plus, on "croit". On écoute les diktats des "experts", la plupart du temps autoproclamés, sans faire la moindre réserve quant à leur validité, oubliant souvent combien ceux-ci ont pu être démentis et ont même été au centre de certains scandales au cours des dernières années.
De surcroît, tous les pouvoirs utilisent la peur pour mieux dominer, et ceux qui font profession de "savoir" pratiquent savamment cette stratégie parfaitement efficace qui permet d'obtenir la dépendance des citoyens. Comme le disait Machiavel : "Celui qui contrôle la peur des gens devient le maître de leurs âmes..."

J'ai bien lu les mots dans le carnet de correspondance. Après le premier, j'ai envoyé un gentil mail à la professeure de mon fils avec trois liens vers des articles de pédiatres, médecins, scientifiques qui s'inquiètent du port prolongé du masque sur les enfants, un quatrième lien expliquant que les enfants ne sont pas transmetteurs, et un cinquième, que le virus Covid-19 est trop petit pour être arrêté par le masque chirurgical. Elle est maman aussi, elle est peut-être juste mal informée... j'ai donc eu la naïveté de croire qu'elle comprendrait. Au lieu de ça, elle a fliqué mon fils de plus près.
Pauvres élèves contraints, apeurés, masqués. Je leur enseigne l'anglais, derrière un filtre, ils me répondent à travers le leurs, dialogue de sourds ! Comment enseigner et apprendre une langue étrangère, aux fréquences difficiles à entendre pour une oreille française novice, la bouche cachée ? Les mots s'étouffent, mon travail n'a plus de sens. Avec les plus grands, je choisis soigneusement mes supports d'enseignement pour essayer de leur ouvrir les yeux à travers l'étude de l'histoire des colonisations qui se sont faites au dépens de la culture et de la vie des autochtones ; à travers l'étude de romans dystopiques... mais je ne peux faire aucun parallèle explicite, je marche sur des œufs, je ne fais qu'initier des pistes à des adolescents bâillonnés et éteints, plus occupés à trouver le moment opportun pour prendre quelques respirations au dessus de leur masque, sans risquer de se faire prendre et punir, ou à le remonter furtivement, l'air coupable, dès que mon regard croise le leur. Je voudrais leur dire qu'ils ont le droit de respirer librement, qu'ils peuvent arracher cette entrave qui cache leur joli sourire et fait d'eux des visage anonymes, que je ne leur dirai rien, que je ne punirai pas... mais je ne peux pas, je ne peux qu'élargir mon sourire pour qu'ils puissent le lire sur mes yeux et peut-être être un peu rassurés...
J'ai toujours aimé mon métier, je me suis investie dans de nombreux projets avec mes élèves. Aujourd'hui, je n'y crois plus ! Comment continuer à exercer? Comment accompagner mes propres enfants?

Voilà, nous sommes en vacances. Mon fils a peur d'être exclu et me demande de ne pas réagir à son heure de retenue, de ne pas agir, de laisser couler. Il me dit qu'il fera sa colle le 17 novembre comme prévu, que je ne pourrai rien contre la loi, que m'opposer lui fera des problèmes, me fera des problèmes, et le stigmatisera certainement comme fils de complotiste. Il me dit que ça ne vaut pas la peine que je me rende encore malade. Il me demande de faire ça pour lui... Je pense aussi qu'il le fait pour moi... triste école, triste société...

 

S.

 

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