Témoignage

Une balade heureuse

La balade que j’empruntais désormais depuis une année était confortable. Bien que rapidement sujette à l’ennui et changeant souvent de chemin, je restais non loin de mon pôle névralgique. La névralgie est un vaste sujet pour mon corps engourdi de trop peu d’efforts physiques. Les migraines étaient récurrentes.  J’avais mis un quart de siècle à comprendre les bienfaits de la nage pour mon équilibre et nous en étions privés, obligés d’inventer d’autres stratégies de survie. Je marchais donc. Pour survivre. Et chaque jour me rappelait davantage ces tribus lointaines, contraintes de parcourir des dizaines de kilomètres pour s’abreuver ou se nourrir. Chaque pas me renvoyait à ce qui me constitue en tant qu’humain, à ses besoins élémentaires surtout. L’humilité était de mise.

Ce jour-ci, le soleil était généreux. L’air était encore saisissant mais je parvenais à me réchauffer. Sur le chemin central de mon retour favori car il était encadré d’arbres, d’un petit cours d’eau, de bancs et de fleurs, je croisais des humains masqués. D’autres étaient plus désinvoltes et portaient le nez à l’air comme les petites jonquilles et pâquerettes précoces. Je m’amusais de cela. La nature humaine est curieuse et j’essayais de comprendre ce qui pouvait justifier qu’un être humain consente aussi docilement à une contrainte ? De nature généreuse, je pensais à l’amour de ses semblables. Lorsque certains jours, j’étais plus sombre je réalisais combien il fallait de malice pour cadrer un peuple. Cette curieuse période me révélait bien des choses et surtout ma désobéissance structurelle. Les oies et ragondins de mon sentier m’appelaient de par leur sauvagerie. Calmes et concentrés de prime abord, il fallait toujours se méfier que certains ne vous attrapent les mollets. J’étais plus que jamais dans ma propre surprise.

Au débotté d’un virage, une autre surprise m’atteint. La présence odorante de saucisses joyeuses sur un feu de bois, entourées d’un groupe d’individus joyeux. Je m’arrêtais nette, émue de cet attroupement dorénavant interdit. Une curieuse bonne énergie s’en dégageait. Des sourires m’étaient adressés pendant qu’on m’expliquait fêter l’anniversaire d’untel, qui n’est-ce pas, ne faisait ses vingt années. Pour sûr, il en faisait le double car il en avait le double ! On buvait, on jouait au frisbee, on riait. Leur présence me rassura. Certains pensent, pensais-je. Et comment un fait aussi commun pouvait déjà après une année me surprendre par sa simple présence ? J’espérais oublier aussi vite tout ce qui me serrait le cœur et le ventre plus tard. Lorsque la vie aura gagné.

Plus loin, deux gars étaient planqués sur un banc accolé à un gros arbuste qui les abritait des regards. L’un d’eux tirait goulûment sur une cigarette en écoutant son ami parler d’une chose qui les rendait complices. C’était génial ça aussi. Je leur envoyais un sourire connivent.

J’ai photographié les petites pousses printanières que j’ai croisées, car elles ne risquent rien. Pas encore. J’aurais aimé immortaliser ces rires et bobines d’humains ragaillardis. Je préfère leurs souvenirs. On ne sait jamais…

 

(Vanessa HERZOG- Mars 2021)

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