Témoignage de :

Vol au-dessus d’un nid de coucou, l’affreux remake

28 décembre 2021

La crise du Covid 19 est venue
bouleverser votre quotidien ou celui d’un proche ?
 Racontez-vous, racontez-nous ces moments
avec vos propres mots…

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Mercredi j'ai rdv avec la psychiatre de ma maman, depuis toujours bipolaire, dans l'unité de psychiatrie générale de l'Hôpital. En attendant notre tour dans les couloirs, l'horreur : tour à tour sont conduits des malades totalement incapables d'un consentement éclairé à qui l'on parle très fort, vous savez, comme à des neuneus ou des grabataires : "Allez, Michelle, on va faire la piqûre ! Tu sais, on t'a expliqué !" Et le défilé n'a pas arrêté.

Certains sont si hébétés par la chimie qu'on leur administre chaque jour, et bien sûr aussi par leurs diverses pathologies, qu'ils se laissent gentiment conduire par la main tels des enfants impuissants. Ils apparaissent, fantomatiques, dans leur pyjama, au bout du couloir, disparaissent derrière une porte, et ne réapparaissent pas. Depuis, cette voix d'infirmière me hante : "Allez, viens, suis-moi Pierrot, c'est l'heure de la piqûre, ça fait pas mal, t'inquiète pas."

Les malades psychotiques, dernières roues de la dernière charrette. C'est pour leur bien, objectera-t-on, et puis, ils sont la plupart du temps abandonnés par des familles dépassées par leurs troubles ingérables. Mais quand même, j'ai le cœur serré et je repense depuis à "Vol au-dessus d'un nid de coucou", ce film que j'ai regardé en boucle gamine, quand j'essayais de comprendre ce qui se passait pour ma mère qui de temps en temps disparaissait pendant des semaines sans qu'on ne nous dise rien, à mon frère et moi, puis réapparaissait. "Maman est fatiguée", nous disait-on, "Elle va bientôt revenir".

Je la revois, errante, dans les couloirs des services psy, abrutie de chimie que l'on dira salvatrice, et je me dis que si aujourd'hui, à 70 ans, elle a pu librement choisir d'être vaccinée, c'est que j'étais à ses côtés pour lui expliquer que dans son EHPAD, elle n'aurait pas d'autre choix. Et moi non plus, si je voulais continuer à pouvoir la visiter chaque semaine. C'est bien la seule raison qui m'a obligée à céder à cette vaccination forcée.

A tous les neuneus, les fous, les hystériques, les schizos, les simplets, les bipolaires, tout mon amour et ma compassion.

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